Nécropole royale
👑 Les tombes royales achéménides
Le site est célèbre pour ses quatre tombes royales monumentales creusées en hauteur dans la roche calcaire. Leurs façades uniques dessinent de gigantesques formes cruciformes (en forme de croix). Une de celles-ci, d’après les inscriptions qu’elle présente, serait la tombe de Darius Ier. Les trois autres tombes se trouvant aux côtés de celle de Darius Ier seraient celles de Xerxès Ier, Artaxerxès Ier et Darius II, mais elles ne portent aucune inscription permettant de les identifier avec certitude.
Darius Ier (Darius le Grand)
C’est la seule sépulture formellement identifiée grâce à de longues inscriptions. Située au centre, elle est identifiée par les inscriptions royales DNa et DNb (en vieux-perse, élamite et babylonien). Sa chambre funéraire intérieure comporte 9 niches (trois rangées de trois) destinées au roi et à sa famille proche.
Xerxès Ier (r. 486 – 465 av. J.-C.)
Située immédiatement à l’est de celle de Darius. Identifiée par sa position et des similitudes architecturales strictes. Sa chambre intérieure ne contient que 3 niches.
Artaxerxès Ier (r. 465 – 424 av. J.-C.)
Située à l’extrême ouest du site. Elle présente une configuration interne à 3 niches, mais orientées différemment.
Darius II (r. 423 – 404 av. J.-C.)
Située à l’extrême est. C’est la sépulture la plus tardive du complexe principal. Elle comporte également une structure interne simplifiée à 3 niches.
Les façades sculptées montrent le roi effectuant des rituels sous la protection du Faravahar (symbole zoroastrien) et soutenu par des figures représentant les provinces de l’Empire. On trouve dans la montagne derrière Persépolis deux autres tombes semblables, appartenant probablement à Artaxerxès II et Artaxerxès III, ainsi qu’une tombe inachevée qui pourrait être celle d’Arsès, ou plus sûrement de Darius III, le dernier de la lignée achéménide, qui fut renversé par Alexandre le Grand.
Sculptures rupestres
🐎 Les bas-reliefs sassanides
Bien après la chute des Achéménides, les rois de la dynastie sassanide ont utilisé la base de la falaise (au niveau du sol) pour y sculpter leurs propres exploits militaires et scènes d’investiture divine. En plus des tombes, il y a aussi sept très grands bas-reliefs dans la roche de Naqsh-e Rostam, sous les tombes, sculptures commandées par les rois sassanides.
Le bas-relief le plus célèbre est celui du roi Shapur Ier à cheval, commémorant sa victoire face à l’Empire romain. On y voit l’empereur Valérien agenouillé en signe de soumission et Philippe l’Arabe implorant la paix. D’autres reliefs mettent en scène des dirigeants majeurs comme Ardashir Ier ou Bahram II.
Le monument face à la falaise
📐 Le Ka’ba-ye Zartosht, le Cube de Zoroastre
Face aux falaises se dresse le Ka’ba-ye Zartosht (le « cube de Zoroastre »), une tour carrée achéménide en pierre du Ve siècle av. J.-C. Bien que son utilité exacte reste énigmatique (temple du feu, calendrier solaire, bibliothèque ou coffre royal), elle abrite d’importantes inscriptions historiques sassanides sur ses parois. À l’extrémité du site se trouvent deux petits autels du feu.
Cette tour en calcaire blanc mesure 14,12 mètres de haut pour une base carrée de 7,30 mètres de côté. Elle est construite sans mortier, selon une technique d’assemblage par crampons de fer typique du début de l’époque achéménide (probablement sous Darius Ier ou Xerxès Ier).
Inscriptions trilingues de Shapur Ier
Les Res Gestae Divi Saporis, gravées sur les parois est, ouest et sud, sont rédigées en parthe, moyen-perse et grec. Elles listent les provinces de l’Empire sassanide et détaillent les campagnes militaires contre Rome (242 – 260 apr. J.-C.), notamment la capture de l’empereur Valérien à la bataille d’Édesse.
Inscription de Kartir
Juste en dessous de celle de Shapur sur la paroi est, le grand prêtre zoroastrien Kartir détaille son ascension au pouvoir, l’établissement de l’orthodoxie religieuse et sa persécution des minorités (chrétiens, juifs, manichéens).
Analyse technique
👑 Les sépultures achéménides, registre par registre
Chaque tombeau forme une façade cruciforme standardisée de 22,93 mètres de haut sur 19 mètres de large, divisée en trois registres horizontaux distincts. Naqsh-e Rostam contient quatre tombes royales achéménides rupestres, cruciformes et portant trois registres de bas-reliefs.
La tombe de Darius Ier (r. 522 – 486 av. J.-C.), située au centre, est la seule sépulture formellement identifiée par les inscriptions royales DNa et DNb (en vieux-perse, élamite et babylonien). L’inscription DNa énumère les 30 nations soumises à l’Empire, dont les représentations physiques sculptées soutiennent le trône (le gah).
🎨 Catalogue chronologique des 8 bas-reliefs sassanides
Les reliefs sassanides (IIIe – IVe siècles apr. J.-C.) ont été sculptés chronologiquement au bas de la falaise, recouvrant parfois des structures antérieures.
| N° | Dirigeant sassanide | Description technique & iconographie |
|---|---|---|
| 1 | Ardashir Ier (r. 224 – 241) | L’investiture divine. Le roi (à gauche) et le dieu Ahura Mazda (à droite) se font face à cheval. Leurs montures piétinent respectivement le dernier roi parthe, Artaban V, et la figure du mal, Ahriman. |
| 2 | Shapur Ier (r. 240 – 270) | Le triomphe sur les empereurs romains. Le roi à cheval saisit le poignet de Valérien (capturé en 260). Philippe l’Arabe est agenouillé devant lui, implorant la paix (244). En arrière-plan se trouve l’inscription du prêtre Kartir. |
| 3 | Bahram II (r. 274 – 293) | Le roi et sa cour. Bahram II est représenté entouré des membres de sa famille et de hauts dignitaires, dont le grand prêtre Kartir. |
| 4 | Bahram II (r. 274 – 293) | Le combat équestre. Double panneau montrant le roi chargeant un ennemi à cheval avec une lance. |
| 5 | Hormizd II (r. 302 – 309) | Le tournoi équestre. Le roi désarçonne un chef ennemi d’un coup de lance bien précis. Le relief est situé juste en dessous de la tombe de Darius Ier. |
| 6 | Narseh (r. 293 – 302) | L’investiture royale. Narseh reçoit l’anneau de souveraineté des mains de la divinité féminine Anahita (déesse des eaux et de la fertilité), et non d’Ahura Mazda. |
| 7 | Shapur II (r. 309 – 379) | Le combat équestre tardif. Un relief endommagé représentant un roi sassanide chargeant un ennemi, attribué à Shapur II en raison du style de la couronne. |
| 8 | Vestige élamite (v. 1000 av. J.-C.) | Le relief pré-achéménide. Presque entièrement effacé par le relief de Bahram II. Il montre à l’origine une divinité élamite sur un trône de serpents. Seule la figure d’une reine ou d’une divinité à l’extrême droite reste visible. |
Détail des bas-reliefs
- La sculpture représente Narseh (296-304), fils aîné de Shapur Ier, en train d’être désigné Roi par la déesse Anāhītā (Nahid en persan moderne).
- Ce bas-relief est situé sous la partie inférieure de la tombe de Darius le Grand et se compose de deux niches similaires. La sculpture du haut représente Vahram II (277-293) combattant l’ennemi.
- Représente la conquête de Shapur Ier contre Valérien, empereur romain. Dans ce bas-relief, Shapur Ier est assis sur un cheval et Valérien s’agenouille aux pieds du cheval. Ceriyadis, le vainqueur de Valérien, se tient devant le cheval, et le roi d’Iran, avec ses mains jointes, lui offre le pouvoir sur l’est de l’Empire romain.
- Ce bas-relief montre la conquête de Hormizd II, un roi sassanide.
- Sculpture représentant Vahram II battant ses ennemis.
- Ce bas-relief représente une personne debout. À sa gauche, on peut voir une tête et un visage.
- Représentation du fondateur des Sassanides, Ardachîr Ier (226-242), ce bas-relief le représente en train d’être désigné Roi par Ahura Mazda.
Épigraphie
Les inscriptions : Darius le Grand et Shapur
Inscription de Darius le Grand à Naqsh-e Rostam
- Ahura Mazda est un grand Dieu, qui créa cette terre, qui créa le ciel, qui créa l’Homme, qui créa le bonheur pour l’homme, qui a fait Darius Roi, un des nombreux rois, un seigneur pour beaucoup.
- Je suis Darius le Grand Roi, Roi des Rois, Roi des pays contenant tous types d’hommes, Roi de grands territoires sur cette grande Terre, fils de Hystaspès, un Achéménide, un Persan, fils d’un Persan, un Aryen, ayant une ascendance aryenne.
- Darius le Grand dit : Par la faveur d’Ahura Mazda, ceux-là sont les pays que j’ai pris en dehors de la Perse ; j’ai régné sur eux, ils m’ont versé un tribut ; ce qu’il leur a été dit par moi, ils l’ont fait ; ma loi les a tenus fermement : Médie, Élam, Parthie, Arie, Bactriane, Sogdiane, Chorasmie, Drangiane, Arachosie, Sattagydie, Gandhara, Sind, Amyrgie, Scythes, Scythes aux chapeaux pointus, Babylonie, Assyrie, Arabie, Égypte, Arménie, Cappadoce, Sardes, Ionie, les Scythes de l’autre côté de la mer, Skudra, les Ioniens portant le petasos, Libye, Éthiopie, les hommes de Maka, la Carie.
- Darius le Grand dit : Ahura Mazda, quand il a vu la terre en émoi, me l’accorda par la suite, me fit Roi ; je suis Roi. Par la faveur d’Ahura Mazda, je la soumets à sa place ; ce que je leur dis, ce qu’ils ont fait, tel qu’était mon désir. Si vous devez penser « Combien de pays a conquis le Roi Darius ? » Regardez les sculptures de ceux qui sont sur le trône, ensuite vous saurez, ensuite cela sera connu de vous : la lance de l’homme perse est allée très loin ; ensuite cela sera connu de vous : un homme perse a livré bataille très loin de la Perse.
- Darius le Roi dit : Ce qui a été fait, je l’ai fait par la volonté d’Ahura Mazda. Ahura Mazda m’a apporté de l’aide jusqu’à ce que je fasse le travail. Qu’Ahura Mazda me protège du mal, ainsi que ma maison royale et cette terre : je prie Ahura Mazda, qu’Ahura Mazda me le donne !
- Ô homme, ce qui est le commandement d’Ahura Mazda, qu’il ne vous répugne pas ; ne vous écartez pas du bon chemin ; ne vous levez pas en rébellion !
Inscription de Shapur à Naqsh-e Rostam
Cette inscription a été découverte en 1936 par la mission de l’Institut oriental de Chicago, gravée sur la partie inférieure des faces d’un monument rectangulaire d’origine achéménide :
- Moi, l’adorateur de Mazda, le dieu Sapor, roi des rois des Iraniens et des Non-Iraniens, de la race des dieux, fils de l’adorateur de Mazda, du dieu Ardachir, roi des rois des Iraniens, de la race des dieux, petit-fils de Pâpak, roi. De l’Empire d’Iran je suis le seigneur. Et je possède les pays suivants : la Perside, la Parthie, la Susiane, la Mésène, l’Asôrestan, l’Adiabène, l’Arabie, l’Atropatène, l’Arménie, la Géorgie, la Machélonie, l’Albanie du Caucase, le Balâsagân jusqu’au-devant du Caucase et des Portes de l’Albanie du Caucase, et toute la chaîne de l’Elbourz, la Médie, l’Hyrcanie, la Margiane, l’Arie et tous les pays de « tout en haut », la Carmanie, la Sacastène, la Tourène, le Moukrân, la Paradène, le Sind et les pays des Kouchans, jusqu’au devant de Paskibour et jusqu’aux confins de la Kachgarie, de la Sogdiane et de Tachkent, et de l’autre côté de la mer l’Oman…
Ingénierie funéraire
L’organisation interne des quatre tombes
L’organisation interne des quatre tombes achéménides de Naqsh-e Rostam répond à un plan d’ingénierie funéraire strict, conçu pour protéger les dépouilles royales des profanateurs et de la contamination du sol (un principe religieux zoroastrien). À l’inverse de la façade monumentale extérieure, l’intérieur est entièrement plongé dans le noir, taillé de manière brute et asymétrique directement dans la roche calcaire.
🚪 Le système d’accès et d’étanchéité
L’entrée de la tombe se situe exactement au centre de la croix de la façade extérieure. Il s’agit d’une petite porte rectangulaire étroite (environ 1,40 m de haut sur 1 m de large). Après l’introduction du corps, la porte était scellée par une lourde dalle de pierre pivotante ou glissante, puis maçonnée et camouflée pour s’aligner parfaitement avec le relief de la façade. Les archéologues ont trouvé des traces de rainures de glissement internes.
📐 Le plan intérieur : le couloir-vestibule
Une fois la porte franchie, on accède à un couloir-vestibule longitudinal taillé parallèlement à la roche de la falaise. Ce couloir est bas de plafond et étroit. C’est à partir de la paroi du fond de ce couloir (faisant face à l’entrée) que s’ouvrent les chambres funéraires ou les niches contenant les sarcophages.
⚰️ Typologie des chambres et des niches (tombe par tombe)
1. Tombe de Darius Ier (la plus complexe)
Le plan de la tombe de Darius Ier est le plus élaboré et a servi de modèle partiel aux autres, bien que ses successeurs aient simplifié la structure. Le couloir principal donne accès à 3 chambres funéraires indépendantes creusées perpendiculairement au couloir. À l’intérieur de chacune de ces 3 chambres, le sol est surélevé pour former 3 auges funéraires oblongues (sortes de sarcophages creusés directement dans la roche). Capacité totale : 9 niches sépulcrales. Elles étaient fermées par de lourds couvercles en pierre monolithiques, qui ont tous été brisés et pillés dès l’Antiquité (probablement lors des conquêtes d’Alexandre le Grand). Ces niches abritaient Darius Ier, ses reines, et ses proches parents.
2. Xerxès Ier, Artaxerxès Ier et Darius II (plans simplifiés)
Les trois autres tombes abandonnent le système des trois chambres distinctes pour économiser le travail de creusement ou répondre à des rituels plus resserrés. Le couloir-vestibule ne s’ouvre pas sur des pièces, mais directement sur une seule grande chambre élargie. Le mur du fond comporte seulement 3 niches sépulcrales creusées côte à côte. Capacité totale : 3 niches sépulcrales par tombe (destinées uniquement au roi, à la reine principale, et éventuellement à un héritier direct).
Plan au sol simplifié (exemple : tombe de Xerxès Ier)
Lecture du plan : un schéma technique complet et légendé
Ce schéma cartographie précisément la distribution spatiale des volumes intérieurs de la tombe de Xerxès Ier, à partir des données archéologiques du site. Il reprend exactement les détails structuraux de la sépulture : le plan se lit de bas en haut, selon la progression logique d’une exploration — ou d’un scellement funéraire.
🏛️ 1. La façade extérieure cruciforme
Représentée tout en bas par le bandeau vert foncé, elle constitue le point d’ancrage visible à flanc de falaise. Elle indique une entrée maçonnée et camouflée au centre de la croix, mesurant 1,00 m de large sur 1,40 m de haut.
🏛️ 2. Le vestibule étroit
Représenté par le rectangle vert menthe au centre, il illustre le couloir longitudinal bas de plafond, aux parois brutes, sans peinture ni fresque, parallèle à la falaise. Le schéma flèche les rainures de glissement de la dalle pivotante ou glissante qui scellait l’entrée.
🏛️ 3. La chambre unique élargie
Le grand rectangle du haut, encastré dans la roche calcaire de la falaise, est l’évolution simplifiée propre à Xerxès Ier, Artaxerxès Ier et Darius II : une seule chambre, là où Darius Ier en comptait trois.
⚰️ La zone des auges funéraires (le registre supérieur)
Le plan détaille l’alignement des 3 niches sépulcrales (sarcophages) côte à côte au niveau de la paroi du fond :
- Niche 1 : auge creusée dans le sol rocheux surélevé.
- Niche 2 (centrale) : destinée spécifiquement au roi.
- Niche 3 : auge creusée dans le sol rocheux surélevé.
L’annotation de droite confirme une capacité de 3 personnes — le roi, la reine principale et un héritier direct. L’ensemble du dispositif protège les dépouilles des profanateurs et respecte les préceptes zoroastriens de non-contamination du sol : le corps ne touche jamais la terre, il repose dans la roche.
📋 Rappel comparatif. Le bandeau en pointillé au bas du plan rappelle la distinction majeure du site : Darius Ier utilisait un système plus lourd à 3 chambres distinctes contenant 3 auges chacune (9 niches au total), tandis que ses successeurs ont rationalisé l’espace avec ce modèle à chambre unique.
💎 État des parois intérieures
Contrairement aux tombes de la Vallée des Rois en Égypte, les parois intérieures des tombes de Naqsh-e Rostam ne possèdent aucune peinture, aucune fresque, ni aucune inscription textuelle. Les surfaces en calcaire portent encore les marques des pics, des ciseaux et des marteaux des ouvriers achéménides, laissées à l’état brut après le creusement.
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