Plus grand pont piéton d’Iran
Rampes & escaliers
Chantier ouvert en 2010
Projet retenu à l’été 2009
Un pont sorti des plus belles pages d’un roman de science-fiction
Au début des années 1970, l’écrivain anglais Norman Spinrad finissait de rédiger son fameux et quelque peu polémique Rêve de Fer, une uchronie dans laquelle l’auteur mettait en scène les fantasmes guerriers délirants et meurtriers d’un auteur de science-fiction nommé Adolphe Hitler.
Le rêve que voici, et qui vous est conté sans fioritures romanesques, n’a rien de polémique, n’est pas une uchronie, et se tient bien loin des « fantasmes délirants et meurtriers » d’un fou imaginaire qui eut son homonyme dans le monde empirique.
Il est en revanche fait d’acier — et du meilleur — et semble tout droit sorti des plus belles pages du plus heureux des romans de science-fiction.
Dessiné en l’an 1388 par Leïlâ Arâghiân
Il fut rêvé, d’abord croqué, ensuite dûment dessiné en l’an 1388 de notre calendrier — c’est-à-dire du calendrier persan — l’hégire solaire — soit 2009-2010 de l’ère commune — par une jeune et talentueuse architecte iranienne, Leïlâ Arâghiân, dans le cadre d’un concours organisé par la municipalité de la ville de Téhéran.
Elle avait 26 ans lorsqu’elle a dessiné le pont. Le concours municipal a été lancé en mai 2008 et le projet lauréat retenu à l’été 2009 ; le chantier s’est ouvert en 2010. L’ouvrage a depuis été distingué à plusieurs reprises, notamment par le prix Aga Khan d’architecture en 2016.
L’Iran utilise le calendrier persan — aussi appelé calendrier iranien, Jalali, ou hégire solaire (Shamsi Hijri). C’est un calendrier strictement solaire : il ne suit pas les lunaisons mais les saisons, et son année commence toujours le jour exact de l’équinoxe de printemps, autour du 21 mars, à la fête du Nowruz. C’est aujourd’hui le calendrier le plus précis du monde.
Attention à une confusion fréquente : le calendrier persan et le calendrier musulman (hégirien) partagent le même point de départ historique, l’Hégire, en 622 de notre ère — mais ils comptent ensuite tout à fait différemment. Le calendrier musulman est lunaire : ses années durent environ 354 jours et ses dates se décalent d’une dizaine de jours chaque année par rapport aux saisons. Le calendrier persan, lui, est solaire : c’est précisément pour cela qu’on le nomme hégire solaire, l’Hégire étant ici comptée à partir de l’équinoxe de printemps du 21 mars 622. Pour convertir une date persane en date grégorienne, on ajoute 621 ans pour les dates allant du 21 mars au 31 décembre, et 622 ans pour celles allant du 1er janvier au 20 mars.
Ainsi l’an 1388 a-t-il couru de mars 2009 à mars 2010 : c’est bien durant cette année-là que le projet de Leïlâ Arâghiân a été retenu, à l’été 2009.
| Caractéristique | Calendrier musulman | Calendrier persan | Calendrier grégorien |
|---|---|---|---|
| Type | Lunaire (12 lunaisons) | Solaire, calé sur les saisons | Solaire |
| Point de départ (an 1) | L’Hégire (622 apr. J.-C.) | L’Hégire (622 apr. J.-C.), comptée depuis l’équinoxe de printemps du 21 mars 622 | Naissance de Jésus |
| Nouvel An | Variable, se décale chaque année | Équinoxe de printemps (~21 mars), Nowruz | 1er janvier |
| Longueur de l’année | ≈ 354 jours | 365 ou 366 jours | 365 ou 366 jours |
| Année actuelle (2026) | 1448 AH | 1405 SH | 2026 apr. J.-C. |
Les années du pont Tabiat, converties :
| Année persane | Année grégorienne | Étape du pont Tabiat |
|---|---|---|
| 1387 | 2008-2009 | Lancement du concours municipal, en mai 2008 |
| 1388 | 2009-2010 | Le projet de Leïlâ Arâghiân est désigné lauréat (été 2009) puis dessiné |
| 1389 | 2010-2011 | Ouverture du chantier, en 2010 |
| 1393 | 2014-2015 | Inauguration de l’ouvrage, en 2014 |
Abbâs Abâd, une vallée vouée à la nature et à la culture
Il s’agissait alors, pour la ville, d’enrichir le grand quartier d’Abbâs Abâd d’un autre lieu dédié à la nature et à la culture. Abbâs Abâd accueillait en effet déjà quatre autres parcs : celui des sports, le parc du musée de la Défense sacrée, le parc Tâleghâni, et le parc dit de l’Eau et du Feu.
Le pont Tabiat peut être considéré comme le « clou » esthétique d’un vaste programme d’habilitation urbaine orientée — pour le plus grand bonheur de la population.
- Le parc des sports : équipements sportifs de plein air, sur la rive ouest de la vallée.
- Le parc du musée de la Défense sacrée : le jardin-musée consacré à la mémoire de la guerre Iran-Irak.
- Le parc Tâleghâni : le grand parc arboré de l’est, auquel le pont se raccorde directement.
- Le parc de l’Eau et du Feu (Ab-o-Atash) : le parc des bassins et des jeux d’eau, côté ouest.
Un pont, un monument, un espace de loisir
La problématique soumise aux participants du concours insistait sur le caractère polyvalent du projet : un pont de franchissement, un monument dédié à la ville, et un véritable espace de loisir. Les termes de ce cahier des charges préliminaire furent idéalement respectés — eu égard à la qualité de l’ouvrage — par la gagnante du concours, Leïlâ Arâghiân.
La traversée utile
Le pont enjambe la voie express Modares et relie, à pied, le parc Ab-o-Atash (ouest) au parc Taleghâni (est). Il remplace pour les piétons un détour long et dangereux au milieu d’une circulation dense.
Le clou esthétique
Avec ses 270 mètres de courbes et ses trois niveaux, l’ouvrage s’est imposé comme un repère visuel de Téhéran : il se photographie aussi bien depuis les jardins que depuis les collines alentour.
Un lieu où l’on s’attarde
Rampes, escaliers et passerelles secondaires multiplient les itinéraires : on vient y flâner, courir, se retrouver, et profiter des terrasses et des vues, bien au-delà du simple passage d’une berge à l’autre.
Du croquis de concours au plus grand pont piéton d’Iran
Le croquis d’un concours municipal est devenu un ouvrage de 270 mètres, construit à partir de 2010 et inauguré en 2014 : le plus grand pont piéton d’Iran, tracé en courbe continue sur trois niveaux reliés par des rampes et des escaliers.
Du tablier, le regard plonge sur la voie express Modares et sur la forêt qui descend des pentes de l’Alborz ; à la nuit tombée, l’éclairage dessine l’ossature d’acier dans le noir. C’est ce double visage — infrastructure de mobilité et promenade plantée — qui a fait la réputation du pont, saluée par plusieurs distinctions internationales, dont le prix Aga Khan d’architecture en 2016.
Poursuivre autour du pont Tabiat
Le pont se trouve au cœur du grand ensemble d’Abbâs Abâd, à quelques minutes de marche des autres lieux du nord de Téhéran.
Encyclopédie Pasargades. Contenu rédigé selon les standards éditoriaux de Pasargades pour les hauts lieux incontournables de Téhéran.
Crédits photographiques : IRANforeever, CC0 (le pont vu du parc, la vue sur l’autoroute) · ZarlokX, CC BY-SA 4.0 (tablier planté d’arbres) · Diba Tensile Architecture, CC BY-SA 4.0 (fréquentation du tablier) · Ali Safdarian, CC BY 3.0 (vue de la vallée, lumières de Téhéran, tablier un jour de fête) · Visuvesi, CC BY-SA 4.0 (le pont et son drapeau) · Mahdijiba, CC BY-SA 4.0 (vue large sur la vallée) · Abasemoni, CC BY-SA 4.0 (le pont illuminé la nuit) · Nooshafarin Movaffagh / TEDxTehran, CC BY 2.0 (portrait de Leïlâ Arâghiân).













