Capitale et plus grande ville d’Iran, Téhéran s’étage au pied des monts Elbourz, du vieux bazar qadjar du sud jusqu’aux neigeuses pistes de Tochal au nord : quinze millions d’habitants, et près de la moitié de l’activité industrielle du pays.
Le nom, déjà, raconte la géographie : l’hypothèse la plus répandue rapproche Téhéran (تهران, Tehrān) de teh, « fond, bas », et du suffixe de lieu -rān — le « lieu d’en bas », par opposition à Shemiran, le « lieu frais » des pentes. Des chroniqueurs médiévaux y ajoutent une mémoire souterraine : des habitations semi-enterrées contre la chaleur et les invasions. L’origine exacte demeure discutée, peut-être antérieure au persan historique.
Attestée dès le Moyen Âge comme un village de la plaine de Ray, la cité ne devient capitale qu’à la fin du XVIIIe siècle, quand les Qadjars en font leur siège : sa population sera multipliée par quarante. Le palais du Golestan, le grand bazar et la place Toupkhaneh en gardent la mémoire.
Le XXe siècle la projette dans la démesure : après le choc pétrolier de 1974, les banlieues débordent le plan d’urbanisme de 1969, et la ville se couvre de tours — Azadi la blanche à l’ouest, Milad la sixième plus haute tour autoportante du monde au nord-ouest, tandis que le pont Tabiat coud les parcs du nord.
Deux Téhéran cohabitent ainsi : au sud, la ville qadjare des mosquées, du bazar et des joyaux de la couronne ; au nord, Shemiran la jardinée, ses palais Saadabad et Niavaran, ses grenadiers et l’odeur du thé à Darband — et entre les deux, l’avenue Vali-ye Asr, dix-huit kilomètres de platanes, l’une des plus longues avenues du monde.
Ville d’art et de mémoire
Téhéran accueille plusieurs des grands musées d’Iran : le Musée national dessiné par André Godard, l’Abguineh du verre et de la céramique, le Reza Abbasi des miniatures, le Musée du tapis — et le Musée d’art contemporain, qui conserve, près du parc Laleh, l’une des plus grandes collections d’art occidental hors d’Europe et des États-Unis : Giacometti, Picasso, Warhol.
Peu de capitales au monde superposent ainsi leurs époques à ciel ouvert : la ville qadjare des mosquées et du bazar, les avenues des Pahlavi, les tours des années soixante-dix — et, dans les vitrines des musées, six mille ans de plateau iranien. Pour qui veut comprendre l’Iran avant d’aller le voir dans ses déserts et ses jardins, Téhéran est la grande porte d’entrée.