Hamadan
Baba Taher, mystique de Hamadan
Baba Taher — souvent appelé Baba Taher Oryan — compte parmi les premiers grands poètes mystiques de la littérature persane. Il aurait vécu au XIe siècle, mais sa biographie demeure enveloppée d’incertitudes et de traditions légendaires.
Le titre « Baba » marque le respect accordé à un sage ou à un maître spirituel. Le surnom Oryan, « le Nu », est généralement compris au sens symbolique : celui qui s’est dépouillé des attachements matériels. Les récits le présentent comme un derviche associé à Hamadan et parfois comme un contemporain du souverain seldjoukide Tughril Beg.
On lui attribue également des aphorismes mystiques en arabe. Pourtant, ce sont surtout ses courts poèmes en langue vernaculaire qui ont porté son nom jusqu’à aujourd’hui, bien au-delà des cercles savants.
Quatre vers pour dire l’amour et le manque
La renommée de Baba Taher repose sur ses do-beyti, des quatrains lyriques dont la simplicité apparente concentre l’expérience mystique, le désir, la séparation et la présence de la nature.
Le do-beyti se distingue du rubaï par son rythme et sa tradition. Les poèmes attribués à Baba Taher sont associés aux fahlaviyat, des vers composés dans les dialectes iraniens de l’ouest. Leur langue exacte fait encore débat — parler ancien de Hamadan, formes proches du lori ou autres variétés régionales — mais leur musicalité a favorisé la transmission orale.
Ces quatrains continuent d’être chantés, mis en musique et récités. À l’intérieur du mausolée, il n’est pas rare qu’un visiteur ou un gardien lise à voix haute les vers gravés sur les murs, faisant du monument un lieu de littérature vivante.
Chez Baba Taher, quelques mots suffisent pour transformer la montagne, le chemin et l’absence en images de la quête intérieure.Lecture des do-beyti
Des monuments médiévaux à la reconstruction de 1970
Le tombeau de Baba Taher occupe depuis des siècles une hauteur du nord-ouest de Hamadan. Un premier mausolée octogonal en brique est traditionnellement rattaché à l’époque seldjoukide, mais il disparut progressivement.
Le site connut plusieurs reconstructions. Une campagne ancienne mit au jour une remarquable plaque de faïence turquoise portant une inscription coufique, aujourd’hui conservée au Musée national d’Iran. Un bâtiment de brique plus récent précéda lui aussi le monument actuel.
À partir de 1967, un nouveau projet fut engagé et confié à Mohsen Foroughi. Achevé en 1970, il ne cherche pas à restituer littéralement la tour médiévale : il transpose l’octogone, la verticalité et les signes de l’architecture funéraire iranienne dans un langage contemporain.
Le chef-d’œuvre de Foroughi
La tour contemporaine s’élève à 20,35 mètres au-dessus de la colline. Son plan octogonal et sa composition géométrique réinterprètent les anciennes tours funéraires iraniennes, notamment celles de l’époque seldjoukide : à Hamadan, Borj-e Qorban en offre un écho, tandis que Gonbad-e Qabus en constitue un précédent monumental plus ancien.
Huit puissants piliers accompagnent le volume central. Le granit blanc sculpté est utilisé pour les supports, les marches, le sol et la pierre tombale, tandis que le béton armé permet d’ouvrir largement la silhouette. Le système complexe de piliers, d’arcs et d’ouvertures détache visuellement la tour de sa base : malgré sa hauteur de vingt mètres et la masse de la pierre, elle semble presque suspendue.
L’édifice joue ainsi sur un contraste très lisible : une base massive, liée à la pierre et au tombeau, puis une élévation découpée qui laisse passer la lumière. À l’intérieur, le plafond — conçu comme une coupole décorative — déploie une mosaïque de faïence turquoise héritée de l’art islamique persan. La construction moderne ne copie donc pas un monument ancien : elle en traduit la géométrie, la verticalité et la couleur dans le langage du XXe siècle.
Mohsen Foroughi, pionnier de la modernité iranienne
Mohsen Foroughi (1907–1983) est considéré comme l’un des pères fondateurs de l’architecture moderne en Iran. Concepteur du mausolée de Baba Taher, inauguré en 1970, il y combine les techniques constructives du XXe siècle avec l’héritage géométrique de la Perse antique et médiévale.
Envoyé en France pour ses études, Foroughi fut diplômé de l’École nationale supérieure des beaux-arts de Paris en 1937, après une formation d’architecte dans la tradition exigeante des ateliers. De retour en Iran, il appartint à la première génération de professeurs de la Faculté des beaux-arts de l’Université de Téhéran, dont il devint ensuite le doyen.
Portrait de Mohsen Foroughi dans les années 1950, domaine public en Iran, via Wikimedia Commons.
Son œuvre publique accompagne la modernisation de l’État iranien tout en recherchant une expression nationale. Il dessina notamment la succursale de la Banque Melli dans le bazar de Téhéran, le ministère des Finances et plusieurs édifices de l’Université de Téhéran, parmi lesquels la Faculté de droit. Ses réalisations montrent la même volonté d’accorder rationalité moderne, monumentalité et références locales.
Foroughi fut également un collectionneur et connaisseur de l’art persan. Conseillé notamment par l’archéologue Roman Ghirshman, il réunit un ensemble de qualité muséale comprenant des bronzes du Lorestan, des poteries, des bijoux anciens et de l’argenterie sassanide. Après la Révolution de 1979, l’essentiel de la collection demeurée en Iran fut transféré au Musée national d’Iran ; certaines pièces avaient auparavant été données au musée du Louvre.
Vingt-quatre poèmes de marbre sous la faïence
La salle funéraire recentre la visite sur la poésie. Autour de la tombe, vingt-quatre dalles de marbre portent vingt-quatre do-beyti attribués à Baba Taher, gravés en calligraphie noire.
Le regard est ensuite attiré vers le plafond. Des panneaux triangulaires convergent vers une étoile centrale et déploient un décor de faïence turquoise, bleu profond, jaune et blanc. La géométrie reprend celle de l’octogone tout en donnant au volume une profondeur presque textile.
La pierre tombale, le pavement et les surfaces de granit instaurent une atmosphère plus sobre au niveau du sol. Entre les inscriptions et le plafond coloré, la salle unit ainsi deux mémoires : celle du derviche dépouillé et celle d’une poésie devenue patrimoine national.
Une hauteur face aux sommets de l’Alvand
Le mausolée se trouve au centre d’un vaste parc arboré sur une colline du nord-ouest de Hamadan. Les allées, les pelouses et les bancs ménagent une transition calme entre la circulation de la place Baba Taher et le tombeau.
Par temps dégagé, les perspectives s’ouvrent vers les sommets de la chaîne de l’Alvand. La fin de l’après-midi offre une lumière particulièrement favorable sur le granit ; après le coucher du soleil, l’éclairage donne aux piliers une tonalité dorée visible depuis le parc.
La promenade extérieure est libre et gratuite, même lorsque la salle funéraire est fermée. Elle constitue donc une étape agréable à combiner avec Gonbad-e Alavian, situé dans le même secteur général de la ville.
Adresse, horaires et conditions d’accès
Le monument se dresse place Baba Taher, à Hamadan. L’accès à la tour et à la salle funéraire intérieure — souvent présentée comme la crypte — est payant ; le parc qui entoure l’édifice reste accessible gratuitement.
Place Baba Taher, Hamadan
Sur une colline au nord-ouest de la ville, face aux montagnes de l’Alvand. Le rond-point et le monument sont bien connus des chauffeurs de taxi.
08h35–18h00
Horaire indicatif communiqué pour l’accès intérieur. Les publications locales donnent aussi 08h30–18h00 ou des amplitudes saisonnières.
08h35–21h00
Extension annoncée pour le jour de week-end, permettant une visite à l’heure des illuminations. Elle doit être confirmée avant un déplacement tardif.
À voir à proximité
Trois étapes prolongent la découverte des monuments, des poètes et de l’histoire de Hamadan.
Sources et crédits. Synthèse établie à partir de la fiche et de la galerie Pasargades, de publications consacrées à l’architecture iranienne moderne et de sources touristiques iraniennes récentes. Les horaires doivent être confirmés localement. Photographies extérieures et archives : galerie Pasargades. Photographies intérieures : Kimdhm, Wikimedia Commons, licence CC BY-SA 4.0. Portrait de Mohsen Foroughi : photographie des années 1950, domaine public en Iran, via Wikimedia Commons.