Hamadan
Une silhouette antique au milieu de la ville
La statue du Lion de pierre — Sang-e Shir ou Shir-e Sangi en persan — est l’un des monuments les plus anciens et les plus mystérieux d’Iran. Elle est souvent présentée comme le seul grand vestige préislamique encore visible en plein air au cœur de Hamadan, l’antique Ecbatane.
Le temps a presque effacé l’anatomie de l’animal. Le visiteur distingue pourtant encore un lion couché : tête massive, crinière ondulée, mâchoire entrouverte et corps allongé. Les pattes ont disparu et la surface, profondément creusée par l’érosion, porte aussi les traces de siècles de contacts, d’onctions et d’exposition aux hivers rigoureux du plateau.
Taillée dans un grès jaune, la sculpture impressionne par le volume de son bloc. Certaines notices iraniennes donnent une longueur d’environ 5,02 mètres — donc plus de cinq mètres — pour 1,15 mètre de largeur et environ 1,20 mètre de hauteur conservée. D’autres publications mesurent seulement la partie sculptée ou visible et indiquent environ 2,5 mètres, voire 3,5 mètres. En l’absence d’un protocole de mesure commun, ces chiffres doivent être lus comme des ordres de grandeur plutôt que comme une dimension définitivement établie.
Alexandre, Héphestion et l’hypothèse hellénistique
La date du Lion de pierre n’est pas assurée. Des traditions l’attribuent aux Mèdes ; d’autres propositions le placent à l’époque séleucide ou parthe. L’hypothèse la plus célèbre — et la plus souvent reprise dans la littérature touristique — le relie à Alexandre le Grand.
En 324 avant notre ère, Héphestion, compagnon le plus proche et général d’Alexandre, mourut à Ecbatane. Le souverain organisa pour lui des funérailles extraordinaires. Selon une interprétation moderne, Alexandre aurait alors fait exécuter un monument léonin en sa mémoire. Le lion, symbole de puissance et de courage, aurait ensuite gardé une entrée de la ville.
En 1968, l’archéologue Heinz Luschey rapprocha la sculpture de monuments grecs, notamment du Lion de Chéronée élevé après la bataille de 338 avant notre ère. Cette comparaison soutient une lecture hellénistique, mais ne constitue pas une preuve de commande royale. Aucune inscription ne nomme Alexandre ou Héphestion, et le contexte originel du bloc n’a pas été conservé.
Deux statues à l’entrée d’Ecbatane
Le lion aurait autrefois possédé un jumeau. Les deux sculptures encadraient une porte de Hamadan connue après la conquête arabe sous le nom de Bāb al-Asad, « la Porte du Lion ».
Les chroniqueurs médiévaux situaient cette porte sur une hauteur commandant la route de Ray et du Khorasan. En 931, lorsque le chef daylamite Mardavij prit Hamadan, il voulut, selon le récit traditionnel, transporter l’un des lions jusqu’à Ray. L’opération échoua. Furieux, il ordonna leur destruction : l’un fut entièrement brisé, tandis que l’autre perdit ses pattes et fut renversé.
Le survivant resta couché sur le flanc pendant des siècles. Des voyageurs du XIXe et du début du XXe siècle le photographièrent encore presque au niveau du sol. Il fut redressé en 1949 sur une plateforme aménagée sous la direction de l’architecte Hooshang Seyhoun. Son socle actuel, plus élevé, résulte d’une intervention protectrice ultérieure destinée à limiter l’humidité, les dégradations et les contacts directs.
Un cimetière parthe sous le parc
La statue trône dans un petit parc surélevé de la partie sud-est de Hamadan. Cette hauteur n’est pas un simple aménagement urbain : il s’agit d’un relief naturel et archéologique associé à une importante zone funéraire de l’époque parthe.
En 1975, la découverte fortuite d’un cercueil en terre cuite conduisit à des fouilles dirigées par l’archéologue Massoud Azarnoush. Les recherches identifièrent des inhumations en fosse, des cercueils d’argile et différentes pratiques funéraires. Certains objets et un cercueil provenant du secteur ont rejoint les collections archéologiques de Hamadan.
Ce cimetière ne suffit pas à dater le lion de l’époque parthe : une sculpture plus ancienne peut avoir été déplacée, réemployée ou associée plus tard au lieu. Il explique néanmoins pourquoi l’attribution parthe conserve une place importante dans les débats, à côté de l’interprétation hellénistique.
Un talisman contre le froid et la maladie
Après l’Antiquité, le lion ne perdit pas sa fonction symbolique. Les habitants de Hamadan le regardèrent comme un protecteur capable d’éloigner les maladies, les calamités et les froids extrêmes.
Les récits de voyageurs décrivent une surface noircie ou lustrée par les mains, l’huile et les offrandes. Une tradition matrimoniale invitait les jeunes femmes à toucher ou à frotter le nez du lion afin d’attirer la chance et de trouver un époux. D’autres versions évoquent un mélange de miel et de lait — parfois complété de vinaigre — versé sur la pierre, puis l’observation d’un petit caillou qui devait y adhérer.
Ces gestes relèvent du patrimoine immatériel de Hamadan et expliquent l’attachement profond au monument. Ils ne doivent cependant plus être reproduits : le miel, les liquides, les frottements et les objets déposés accélèrent l’altération du grès. Le meilleur hommage consiste désormais à observer la sculpture sans la toucher.
Un monument gratuit, visible à toute heure
Le Lion de pierre se trouve place du Lion de pierre — Sang-e Shir Square — à Hamadan, dans un parc public de la partie sud-est de la ville. Depuis la place centrale, le trajet prend généralement cinq à dix minutes en voiture selon la circulation.
Place Sang-e Shir
Hamadan, province de Hamadan, Iran. En persan, indiquez « میدان شیر سنگی » ou « شیر سنگی همدان » au chauffeur.
24h/24 et 7j/7
Le monument se trouve à l’air libre dans un espace public. Le parc reste accessible sans billetterie, y compris lorsque les musées voisins sont fermés.
Entrée gratuite
Une visite de quinze à trente minutes suffit. La lumière du matin ou de fin d’après-midi met mieux en valeur le relief de la sculpture.
La visite s’associe facilement au mausolée d’Avicenne, situé dans le même secteur général, ou au Musée d’histoire naturelle de Hamadan lorsque celui-ci est ouvert. Pour un parcours plus complet, commencez à Sang-e Shir, rejoignez Avicenne, puis poursuivez vers le centre et le complexe archéologique d’Hegmataneh.
À voir dans le centre de Hamadan
Trois étapes permettent de relier Ecbatane, la science et l’histoire urbaine.
Sources et crédits. Synthèse établie à partir de la fiche Pasargades, de l’Encyclopaedia Iranica, des travaux de Heinz Luschey et de publications archéologiques sur les sépultures parthes de Hamadan. Photographies contemporaines : Carole Raddato, CC BY-SA 2.0, et Philippe Chavin, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons ; images redimensionnées et converties au format WebP. Vue ancienne : Internet Archive Book Images, sans restriction connue. Les différentes datations et dimensions publiées restent débattues.