IIIe-VIIe siècle
2e en adobe au monde
16 tours de défense
de Kerman
Une cité de terre crue vieille de 1 500 ans
La Citadelle de Rayen (Arg-e Rayen en persan) est l’un des joyaux historiques majeurs de la province de Kerman. Située à environ 100 kilomètres au sud de la ville de Kerman, c’est la deuxième plus grande citadelle en brique crue (adobe) au monde, juste après la célèbre citadelle de Bam.
Ses fondations remontent à l’époque de l’Empire sassanide (IIIe-VIIe siècle), ce qui lui confère au moins 1 500 ans d’histoire. Contrairement à d’autres forteresses de la région, elle a la réputation de n’avoir jamais été conquise militairement grâce à ses formidables remparts.
D’une superficie d’environ 22 000 m², cette immense cité médiévale en pisé abritait une vie locale foisonnante. En franchissant son unique porte d’entrée, on y découvre une sectorisation sociale très nette : des quartiers populaires, des maisons aristocratiques — avec résidences d’été et d’hiver —, un bazar, des écuries, des ateliers d’artisans, réputés pour la fabrication d’épées et de couteaux, et une mosquée.
La citadelle est restée habitée jusqu’à il y a environ 150 ans. Elle a miraculeusement résisté aux séismes majeurs de la région, contrairement à sa voisine de Bam, gravement endommagée en 2003 avant d’être reconstruite.
Le sable, la plaine, et le mont Hezar en toile de fond
Visiter l’Arg-e Rayen est une alternative saisissante à Bam. Le contraste visuel y est spectaculaire : la structure couleur sable s’élève au milieu d’une plaine aride, avec en toile de fond les contreforts souvent enneigés du mont Hezar — le plus haut sommet de la région, culminant à plus de 4 400 mètres.
Elle se combine parfaitement lors d’une excursion d’une journée au départ de Kerman en passant par Mahan, pour voir le jardin de Shazdeh. Les deux sites sont sur le même axe routier, ce qui permet une boucle sans perte de temps : citadelle le matin, jardin et mausolée l’après-midi, retour à Kerman en fin de journée.
Un tunnel, une porte à œil-de-bœuf et des forgerons
Derrière la silhouette familière se cache une mécanique de défense, de commerce et de sport que seuls les relevés archéologiques ont révélée.
Le passage secret de fuite
Les archéologues ont découvert un réseau d’évasion secret en trois sections intégré directement dans la résidence du gouverneur. Si la forteresse tombait aux mains d’un ennemi, ce tunnel permettait aux dirigeants de fuir discrètement vers l’extérieur des remparts — ou de rejoindre la tour de guet n° 8 pour organiser une contre-attaque.
L’ingéniosité des remparts
Les murs extérieurs mesurent au minimum 10 mètres de haut et sont flanqués de 16 tours de défense. Fait remarquable : l’unique grande porte d’entrée, à l’est, possède un petit œil-de-bœuf supérieur qui servait à vérifier méticuleusement l’identité de chaque marchand ou visiteur avant de lui accorder l’accès.
L’industrie de l’armement
Bien plus qu’un simple refuge, la citadelle était un grand pôle commercial sur la route de la Soie. Elle était particulièrement réputée dans toute la Perse pour ses ateliers de métallurgistes, spécialisés dans la fabrication d’épées, de couteaux et, plus tard, d’armes à feu.
La Zoorkhaneh, « maison de la force »
À l’intérieur du quartier aristocratique subsistent les ruines d’une ancienne Zoorkhaneh (littéralement « maison de la force »). Les hommes y pratiquaient l’art martial traditionnel persan, le Varzesh-e Pahlavani, mêlant musculation, gymnastique et rituels sacrés soufis pour se préparer aux combats.
Quatre sites uniques au monde à combiner
Si vous explorez la région, la province de Kerman abrite d’autres sites exceptionnels, parfaits pour compléter votre itinéraire.
(vers Shahdad)
(sud-est)
de Kerman
(nord-ouest)
La plus grande citadelle d’adobe du monde
L’Arg-e Bam (en persan ارگ بم, « citadelle de Bam ») est le plus grand ensemble construit en adobe du monde, situé à Bam, une ville de la province de Kerman, dans le sud-est de l’Iran. Il est inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2004.
Cette gigantesque ville-citadelle, située sur la célèbre route de la Soie, est construite peu avant le Ve siècle av. J.-C. et restée en activité jusqu’en 1850. La raison de son abandon est sujette à de nombreux facteurs, et elle a été très progressive. Constituant une imposante ville fortifiée à l’aspect homogène, dominée par la silhouette d’une citadelle établie en son sein au point le plus élevé, la ville dans son entièreté est qualifiée de citadelle de Bam.
Architecture et organisation de la cité
Plus vaste que la ville fortifiée voisine d’Arg-e Rayen, la citadelle de Bam occupe une superficie d’environ 180 000 m². Le mur d’enceinte s’élève à six ou sept mètres sur un périmètre de 1 815 mètres, et il est hérissé de 67 tours de guet semblables, dont deux en particulier font la célébrité du site.
L’architecture de la ville-citadelle a été ingénieusement élaborée à partir de différents points de vue. À l’analyse de la forme actuelle, on voit que les architectes avaient prévu la forme finale de la forteresse dès les premières étapes de la conception : à chaque phase de développement, la partie déjà construite améliorait l’ensemble, et chaque nouvelle partie venait s’ajouter à la précédente sans discontinuité. La citadelle occupe le centre de la cité-forteresse, sur le point culminant d’où l’on surveillait une vaste étendue dégagée.
L’organisation de la ville correspond à l’articulation de deux secteurs distincts : le quartier des gouvernants, dans l’enceinte du mur interne, comprenant la citadelle, des casernes, un moulin, des maisons des quatre saisons et un puits creusé dans la terre rocailleuse sur une quarantaine de mètres de profondeur ; et le secteur civil qui lui est périphérique, avec l’entrée principale de la cité-forteresse — d’où s’étend le bazar suivant l’axe nord-sud —, ainsi qu’environ 400 maisons et les bâtiments publics associés, tels qu’une école et un terrain de sport.
Tourisme, puis abandon
À partir du milieu du XIXe siècle, le site fut abandonné à cause de la modification des routes commerciales — la route de la Soie passait par la ville — et d’une migration progressive des habitants vers des zones plus ouvertes. Les zones résidentielles tombèrent donc en ruine. Avant le tremblement de terre du 26 décembre 2003, la citadelle constituait l’un des principaux lieux touristiques de la région, attirant un grand nombre de visiteurs iraniens et étrangers. Elle a servi de décor aux extérieurs du film Le Désert des Tartares de Valerio Zurlini, sorti en 1976.
Le séisme de 2003 et ses conséquences
Le 26 décembre 2003, un violent séisme de magnitude 6,6 frappe la ville de Bam, causant la mort de plus de 26 000 personnes et détruisant plus de 80 % de la citadelle, vieille de plus de 2 000 ans. Face à l’ampleur des dégâts, l’UNESCO inscrit immédiatement le site sur la liste du patrimoine mondial en péril, dès 2004.
Un plan de sauvetage s’élabore, auquel de nombreux pays coopèrent. Le Japon, l’Italie et la France se joignent au projet dès le départ : le Japon accorde 1 300 000 dollars à l’Iran pour la reconstruction, fournit des équipements et réalise une modélisation 3D utile aux travaux ; l’Italie donne 300 000 dollars et envoie une équipe d’experts pour restaurer la tour principale ; la France contribue en établissant un relevé archéologique de la citadelle. La Banque mondiale alloue également une importante somme au projet.
Un compromis technique majeur a guidé les experts iraniens et internationaux : préservation de l’authenticité — la citadelle a été reconstruite à l’identique, en réutilisant les formes urbaines traditionnelles et les matériaux d’origine (argile, boue, pisé, paille) — et modernisation structurelle : pour éviter qu’une telle tragédie ne se reproduise, les ingénieurs ont intégré des techniques parasismiques discrètes, comme l’ajout de fibres de verre ou de cordes de palmier dans la composition des briques de terre, afin d’augmenter leur résistance aux tractions.
L’état actuel du site
Grâce à cet effort colossal, l’UNESCO a pu retirer Bam de sa liste du patrimoine en péril en 2013. Les principaux monuments — résidence du gouverneur, remparts, bazar, grande mosquée — ont retrouvé leur silhouette. Des ateliers d’artisans restent actifs pour restaurer certaines zones secondaires, et le site accueille de nouveau des visiteurs venus admirer ce chef-d’œuvre de l’architecture persane ressuscité.
Séisme naturel ou explosion souterraine ?
À chaque séisme violent en Iran ressurgit la même rumeur : et si c’était un essai militaire secret ? Dans le cas de Bam, la réponse tient en deux observations, parfaitement documentées.
La signature sismologique
Les sismographes du monde entier font parfaitement la différence entre un séisme naturel et une explosion, conventionnelle ou nucléaire. Un séisme naturel — comme celui de Bam — naît du glissement de deux compartiments de faille et génère des ondes de cisaillement (ondes S) très puissantes ; les données ont clairement identifié la rupture d’une faille tectonique verticale cachée, directement sous la ville. Une explosion souterraine, à l’inverse, libère une énergie instantanée à partir d’un point unique : elle produit une onde de compression massive (onde P) et presque aucune onde S.
Le profil de la faille de Bam
Les études satellites (InSAR) et géologiques menées après la catastrophe ont cartographié une faille de glissement de 15 kilomètres de long. Une telle déformation linéaire de l’écorce terrestre ne peut pas être provoquée par une explosion souterraine, qui aurait créé un cratère d’affaissement circulaire ou une déformation concentrique.
D’où vient cette rumeur ? L’Iran est au cœur de tensions géopolitiques majeures liées à son programme nucléaire. À chaque fois qu’un séisme violent ou inhabituel frappe le pays, des rumeurs d’essais militaires secrets surgissent sur les réseaux sociaux. Le phénomène s’est d’ailleurs répété presque à l’identique lors d’un autre séisme en Iran en octobre 2024, où des scientifiques de l’université Johns Hopkins ont dû intervenir publiquement pour démonter la désinformation virale.
En résumé : la destruction de l’Arg-e Bam est exclusivement le résultat d’un phénomène naturel dévastateur, combiné à la grande vulnérabilité des constructions historiques en briques de terre crue.
Organiser la journée à Rayen
Le matin, de préférence
Le site est entièrement à ciel ouvert : venir tôt évite de marcher sous un soleil de plomb et donne la meilleure lumière sur la terre crue. Prévoyez 1 h 30 à 2 h pour explorer les ruelles, les maisons, et grimper sur les remparts — d’où l’on voit, par temps clair, les contreforts du mont Hezar.
Rayen + Mahan dans la même journée
Depuis Kerman, comptez une centaine de kilomètres pour rejoindre Rayen, puis une quarantaine de kilomètres vers le nord pour Mahan. Le plan le plus confortable : Rayen le matin, déjeuner au jardin de Shazdeh, mausolée de Shah Nematollah Vali et palais Shotorgalu en fin d’après-midi, retour à Kerman à la tombée du jour.
Poursuivre à Kerman
Rayen s’inscrit dans la grande boucle du sud-est : le jardin de Mahan à mi-route, Bam et son histoire à l’est, et les ensembles safavides du centre de Kerman.
Sources et réserves. Synthèse établie à partir de la fiche et des galeries Pasargades consacrées à la citadelle de Rayen (deuxième construction en adobe et bauge du monde après Bam, superficie de 22 000 m², butte dominant les environs) et de sources documentaires : notices du patrimoine mondial de l’UNESCO pour l’Arg-e Bam (inscription en 2004, retrait de la liste en péril en 2013, superficie d’environ 180 000 m², enceinte de 1 815 m et de 6 à 7 m de haut, 67 tours de guet, secteurs des gouvernants et secteur civil, puits d’une quarantaine de mètres, abandon au milieu du XIXe siècle), données de la reconstruction (contributions japonaise, italienne et française, renforts de fibres de verre et de cordes de palmier), et analyses sismologiques publiées après le séisme du 26 décembre 2003 (magnitude 6,6, ondes S, faille de 15 km cartographiée par InSAR). Précisions : le bilan humain du séisme de 2003 est donné « plus de 26 000 morts » ; la datation de la fondation de Bam, « peu avant le Ve siècle av. J.-C. », correspond à la datation retenue pour le site, différentes sources avançant des origines plus anciennes pour l’occupation de la butte. Les distances sont des ordres de grandeur routiers depuis Kerman. Identification des vues : Rayen se reconnaît à son grand quadrilatère de remparts crénelés posé dans la plaine, Bam à sa butte fortifiée surmontée d’une haute tour au-dessus de la ville de terre ; les vues sont légendées d’après ces deux silhouettes. Photographies et carte : galeries Pasargades, plus la carte du trajet Kerman – Mahan – Rayen dessinée dans le style des cartes du site ; images redimensionnées et converties au format WebP, embarquées directement dans la page.