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Yakhchal Moayedi - Pasargades — Encyclopédie indépendante du voyage en Iran

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Yakhchal Moayedi

Le Yakhtchāl Moayedi — la glacière de Kerman | Pasargades
Kerman · glacière safavide

Le Yakhtchāl Moayedi

« Le Yakhtchāl Moayedi (ou glacière de Moayedi) est l’un des exemples les plus grands et les mieux conservés au monde de yakhtchāl, un système de réfrigération traditionnel persan fonctionnant entièrement sans électricité. Situé au cœur de la ville de Kerman, en Iran, cet impressionnant monument en terre crue (adobe) remonte à l’époque safavide (bien que ses fondations d’origine soient parfois associées aux Seldjoukides). »

Hauteur du dôme
Environ 20 m
relevé coté : 28,70 m
Fosse à glace
6,00 m de profondeur
paroi de 2,60 m
Mortier isolant
Le saroog
sable, chaux, poils de chèvre
Protection
Patrimoine national
iranien depuis 1999
01 · Caractéristiques et Architecture

Un dôme de terre crue au milieu de la ville

Situé au cœur de la ville de Kerman, l’édifice remonte à l’époque safavide, bien que ses fondations d’origine soient parfois associées aux Seldjoukides. Sa silhouette conique, posée dans un tissu urbain dense, est celle d’une infrastructure de service public — pas d’un monument de prestige.

Dimensions monumentales

Un dôme conique en escalier

La structure possède un dôme conique en escalier d’environ 20 mètres de hauteur. Le relevé coté du plan d’ensemble (document joint) situe le sommet à +28,70 m au-dessus du sol, pour un diamètre de 20,40 m — l’une des coupes les plus élancées de tous les yakhtchāl d’Iran.

Le mortier isolant (saroog / souge)

Un mur qui bloque la chaleur

Pour résister à la chaleur extrême du désert de Kerman (dépassant souvent les 40 °C), ses murs — épais de plus de 2 mètres à la base — ont été bâtis avec du saroog. Ce mortier ancestral est un mélange ultra-isolant de sable, d’argile, de chaux, de cendre, de poils de chèvre et de blancs d’œufs, ce qui bloque efficacement le transfert thermique.

Murs d’ombrage

De longs murs est-ouest

Le complexe comprend de très hauts murs rectilignes orientés est-ouest. En hiver, ces murs maintenaient à l’ombre de longs bassins peu profonds alimentés en eau par un réseau d’aqueducs souterrains (les qanats).

Les cotes du relevé

Élément
Dimensions relevées
Coupole à gradins (coupe)
Ø 20,40 m · hauteur 28,70 m au-dessus du sol
Fosse à glace — yakh-chāl
profondeur 6,00 m · paroi de 2,60 m · sol drainé
Mur d’ombre (saaya)
76,40 × 9,00 m · épaisseur 4,50 m à la base, 2,40 m au sommet
Bassins de congélation
6,00 × 43,00 m environ
Plate-forme et anneau
Ø 28,00 / 26,00 m
Retours d’enceinte
54,80 m de long · longueur hors-tout du mur : 80,90 m
Vestibule d’hiver
2,40 m · entrée nord
Galerie sud (porte d’été)
2,40 m · rampes d’accès · descenderie vers la fosse
Plan de masse du Yakhtchāl Moayedi : mur d’ombre, bassins, coupole et fosse
Le plan de masse : en a, le mur d’ombre long de 76,40 m ; en b, les retours d’enceinte ; en c, la coupole à gradins (Ø 20,40 m) ; en d, la fosse à glace ; en e, les bassins de congélation. Au sud, le vestibule d’hiver, la galerie d’été et la descenderie d’accès à la fosse. Document : plan d’ensemble, dessin YAK-01 — restitution graphique d’après relevé, cotes en mètres ; il ne se substitue pas au relevé d’origine du monument.
Coupe longitudinale A-A : le mur d’ombre en élévation et la coupole à gradins
La coupe A-A, prise par l’axe du réservoir : à gauche et à droite, le mur d’ombre figuré en élévation, haut de 9,00 m ; au centre, la coupole à gradins culminant à +28,70. Document : dessin YAK-01.
Coupe transversale C-C : vestibule d’hiver, porte d’été et fosse enterrée
La coupe C-C, transversale : à gauche le vestibule d’hiver (entrée nord), à droite la galerie sud et sa rampe — la « porte d’été » —, sous la fosse enterrée de 6,00 m. Document : dessin YAK-01.
02 · Comment fonctionnait-il ?

Faire de la glace, puis la conserver tout l’été

1
La fabrication de la glace — durant les nuits glaciales d’hiver dans le désert, l’eau des bassins gelait par refroidissement radiatif.
2
Le stockage — avant le lever du soleil, les travailleurs découpaient des blocs de glace (souvent épais de 40 cm) et les empilaient dans l’immense fosse souterraine située sous le dôme. On alternait les couches de glace avec de la paille pour éviter qu’elles ne se soudent en un seul bloc.
3
L’effet cheminée (thermosiphon) — la forme conique du dôme permettait à la chaleur résiduelle de monter naturellement et de s’échapper par une petite ouverture au sommet, tandis que l’air frais restait piégé au fond de la fosse, gardant la glace intacte jusqu’au cœur de l’été.

Le relevé du monument confirme la logique du dispositif : la coupe conique à gradins culmine à 28,70 m au-dessus d’une fosse de 6,00 m dont le sol est drainé, et les gradins servaient à l’entretien de l’enduit de taf (pisé mêlé de paille).

Le mur d’ombre vu de son extrémité, longeant la rue
Le mur d’ombre, vu dans sa longueur : 76,40 m d’est en ouest, 9,00 m de haut, pour ombrager les bassins de congélation et couper le vent dominant.
Le dôme à gradins du yakhtchāl, vu de près
Les gradins du dôme, vus de près : chaque marche est une prise pour les maçons qui renouvellent l’enduit de terre. Le sommet percé — l’« œil » du dôme — laisse échapper l’air chaud.
03 · Importance sociale et historique

Une infrastructure vitale pour la ville

À l’époque, le Yakhtchāl Moayedi était une infrastructure urbaine vitale pour la population de Kerman.

La glace stockée servait à conserver les aliments, à rafraîchir l’eau potable des habitants et à préparer des douceurs traditionnelles comme le Faloodeh (un dessert glacé persan à base de vermicelles et d’eau de rose).

Inscrit au patrimoine national iranien en 1999, le site a fait l’objet de restaurations majeures et constitue aujourd’hui une attraction touristique emblématique de l’ingénierie bioclimatique persane.

Le yakhtchāl et son parvis aménagé, avec les visiteurs devant l’édifice
Le parvis réaménagé : le dôme est aujourd’hui le point de départ d’une promenade urbaine, entre bassins disparus et mur d’ombre en terre.
04 · L’origine du nom et son fondateur

Moayedi, un mécène et un qanat

Le terme Moayedi ne vient pas de nulle part : il fait référence à Moayed-al Din Reyhan, l’un de ses mécènes historiques (un dirigeant de la région à l’époque seldjoukide).

De plus, l’eau qui l’alimentait provenait directement d’un aqueduc souterrain éponyme, le qanat Moayedi.

05 · Une géométrie mathématique : L’arc « Bastoo »

Une cloche qui n’a rien d’hasardeux

Le dôme n’est pas une simple cloche en terre. Les ingénieurs persans ont utilisé un tracé géométrique très précis appelé arc Bastoo — une arche elliptique dont le rapport entre la longueur focale et l’ouverture est strictement de 4:3.

Cette courbure ultra-spécifique offre deux avantages majeurs :

Une résistance structurelle maximale pour supporter les tonnes d’adobe sans s’effondrer.
Une répartition optimale des ombres portées sur le dôme lui-même pour limiter son exposition au soleil tout au long de la journée.
06 · Un système anti-fusion ingénieux

Évacuer l’eau de fonte, mètre par mètre

Au fond de la fosse de stockage (qui descend à plusieurs mètres sous terre), les architectes ont creusé de petits canaux de drainage.

Même s’il était très performant, une infime partie de la glace fondait inévitablement au fil des mois. Ces canaux permettaient d’évacuer immédiatement l’eau liquide vers des puits profonds. Sans cela, l’eau stagnante aurait accéléré la fonte du reste du bloc de glace par conduction thermique.

07 · Ce qu’il devient aujourd’hui

Un espace culturel et touristique public

Le Yakhtchāl Moayedi a survécu à l’abandon grâce à de vastes chantiers de restauration menés par les autorités du patrimoine iranien.

Aujourd’hui, il ne produit plus de glace, mais il a été entièrement réaménagé en espace culturel et touristique public au cœur de Kerman. On peut explorer l’intérieur de sa structure et sa fosse monumentale pour comprendre l’histoire de la thermodynamique avant l’ère industrielle.

Le dôme du Yakhtchāl Moayedi et son jardin, vus depuis l’entrée du site
L’édifice dans son jardin : la coupole de terre crue a retrouvé son enduit et son glacis, après les campagnes de restauration des autorités du patrimoine.
Photographie ancienne du yakhtchāl, alors en lisière de la ville
Un état plus ancien du site : le même dôme, encore isolé dans un paysage ouvert, avant que la ville ne l’enveloppe. Cliché : elias izadkhah, CC BY-SA 4.0.
08 · La physique de la fabrication de la glace en plein désert

Geler de l’eau quand l’air est à 40 °C

Contrairement à une idée reçue, les Perses ne se contentaient pas de stocker de la glace transportée depuis les montagnes : ils la fabriquaient directement sur place, même lorsque les températures diurnes frôlaient les 40 °C. Cette prouesse reposait sur l’exploitation fine de deux principes physiques.

Principe 1 · le rayonnement

Le refroidissement radiatif nocturne (vers le cosmos)

C’est le secret majeur. Pendant les nuits d’hiver, le ciel du désert est extrêmement clair et sec. L’absence d’humidité permet à la chaleur accumulée par la Terre de s’échapper sous forme de rayons infrarouges directement vers le vide intersidéral. Les Perses aménageaient de longs bassins très peu profonds (abanbar). L’eau y perdait sa chaleur par rayonnement thermique vers le ciel nocturne, au point de geler alors même que la température de l’air ambiant restait légèrement supérieure à 0 °C.

Principe 2 · l’ombre

L’ombrage thermique strict

De gigantesques murs orientés est-ouest (parfois hauts de 12 mètres) bloquaient totalement les rayons du soleil pendant la journée sur les bassins situés du côté nord. L’eau restait ainsi glaciale en permanence, maximisant les chances de gelée dès la nuit tombée.

Principe 3 · le vent

Le refroidissement évaporatif par Badgir

Certaines installations utilisaient des tours du vent (badgirs) combinées à des aqueducs souterraines (qanats). Le vent s’engouffrait dans la tour, léchait l’eau froide du qanat sous la fosse, provoquant une évaporation immédiate qui abaissait drastiquement la température de l’air ambiant dirigé vers le stock de glace.

Le yakhtchāl vu depuis la rue : le dôme dépassant derrière le mur d’enceinte
Le dispositif complet, vu depuis la rue : le mur d’ombre au premier plan, le dôme au second — deux échelles, un même principe d’ombrage et d’isolation.
09 · Comparaison : Yakhtchāl Moayedi vs Yakhtchāl de Meybod

Deux yakhtchāl, deux intégrations

Bien que partageant la même fonction, le Yakhtchāl Moayedi de Kerman et le Yakhtchāl de Meybod (province de Yazd) illustrent deux intégrations urbaines et géométriques différentes.

Caractéristique
Yakhtchāl Moayedi (Kerman)
Yakhtchāl de Meybod (Yazd)
Hauteur du dôme
Environ 20 mètres (l’un des plus hauts).
Environ 15 mètres.
Profil architectural
Profil à arc Bastoo pur (ellipse très élancée de ratio 4:3).
Profil en dôme de briques plus arrondi, traditionnellement recouvert d’une couche protectrice de paille de chaume.
Emplacement historique
Intégré à un tissu urbain dense, conçu pour alimenter la population civile d’une grande ville.
Situé au bord d’une route de caravanes, associé à un complexe de Caravansérail pour ravitaller les voyageurs.
Fosse de stockage
Profondeur modérée, mais très large volume hors-sol.
Fosse de stockage très profonde (environ 5 mètres sous terre).
10 · Les détails de la restauration récente des bâtiments en terre

Restaurer la terre crue sans la dénaturer

Restaurer des édifices en terre millénaires (adobe et torchis) comme le Yakhtchāl Moayedi impose des contraintes techniques strictes pour ne pas dénaturer leurs propriétés physiques. Les campagnes menées par le ministère du Patrimoine culturel iranien suivent un protocole rigoureux.

Le « re-chaulinage » et le torchis de paille (Kahgel) : l’érosion par le vent et les rares mais violentes pluies du désert lavent progressivement les couches de protection externes. Les maçons locaux appliquent à la main du kahguel (un mélange traditionnel de boue et de paille hachée). La paille agit comme une armature textile empêchant la terre de craqueler en séchant.
Le traitement des rigoles et des dômes : lors des récentes restaurations, la priorité a été donnée à la réfection complète des gouttières extérieures de la structure conique. L’eau de pluie stagnante est le pire ennemi de l’adobe ; les infiltrations peuvent liquéfier les briques crues de l’intérieur et provoquer l’effondrement total de la voûte.
Le respect du mortier d’origine : les parties structurelles endommagées ne sont jamais consolidées avec du ciment moderne. Le ciment emprisonne l’humidité et fait éclater la brique de terre. Les restaurateurs recréent des liants à base de chaux hydraulique, de sable et d’argile locale pour préserver la « respirabilité » naturelle du mur, essentielle pour l’effet de régulation thermique.

Poursuivre à Kerman

La glacière est à quelques minutes du vieux Kerman : elle se combine naturellement avec le dôme de pierre de Jabaliyeh, puis avec les grands ensembles de la province.

Sources et réserves. Page établie d’après le texte fourni sur le Yakhtchāl Moayedi et d’après le plan d’ensemble et les coupes A-A et C-C joints (dessin YAK-01 : plan de masse, coupe longitudinale par l’axe du réservoir et coupe transversale par le vestibule d’hiver et la porte d’été ; cotes en mètres, restitution graphique d’après relevé, ne se substituant pas au relevé d’origine du monument). Précisions et réserves : la hauteur du dôme est donnée « environ 20 mètres » dans le texte courant, tandis que le relevé coté porte le sommet à +28,70 m et la fosse à −6,00 m — les deux valeurs sont conservées ici telles quelles, l’écart tenant vraisemblablement à la hauteur totale de la coupole et à la différence de niveau par rapport au sol actuel. L’épaisseur du mur d’ombre relevée va de 4,50 m à la base à 2,40 m au sommet, tandis que la paroi de la fosse est de 2,60 m. L’attribution aux Seldjoukides des fondations d’origine et le rôle de mécène de Moayed-al Din Reyhan relèvent des traditions locales ; l’inscription au patrimoine national est datée de 1999. Les dimensions des bassins (6,00 × 43,00 m environ) sont données comme des ordres de grandeur. Photographies : la fiche source ne proposant pas de vue exploitable du monument, les clichés proviennent de Wikimedia Commons et sont crédités sous leur licence : vue générale © Zahraaa 69 (CC BY-SA 4.0) ; jardin et parvis © Ahmad Masoominezhad (CC BY-SA 4.0) ; dôme à gradins © HamidVasheghaniFarahani (CC BY-SA 4.0) ; mur d’ombre © Hamedmm92 (CC BY-SA 4.0) ; entrée du site © auoob farabi (CC BY-SA 3.0) ; vue historique © elias izadkhah (CC BY-SA 4.0). Le plan et les deux coupes proviennent du document PDF fourni par l’utilisateur (Pasargades, dessin YAK-01). Images redimensionnées et converties au format WebP, embarquées directement dans la page.

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