relevé coté : 28,70 m
paroi de 2,60 m
sable, chaux, poils de chèvre
iranien depuis 1999
Un dôme de terre crue au milieu de la ville
Situé au cœur de la ville de Kerman, l’édifice remonte à l’époque safavide, bien que ses fondations d’origine soient parfois associées aux Seldjoukides. Sa silhouette conique, posée dans un tissu urbain dense, est celle d’une infrastructure de service public — pas d’un monument de prestige.
Un dôme conique en escalier
La structure possède un dôme conique en escalier d’environ 20 mètres de hauteur. Le relevé coté du plan d’ensemble (document joint) situe le sommet à +28,70 m au-dessus du sol, pour un diamètre de 20,40 m — l’une des coupes les plus élancées de tous les yakhtchāl d’Iran.
Un mur qui bloque la chaleur
Pour résister à la chaleur extrême du désert de Kerman (dépassant souvent les 40 °C), ses murs — épais de plus de 2 mètres à la base — ont été bâtis avec du saroog. Ce mortier ancestral est un mélange ultra-isolant de sable, d’argile, de chaux, de cendre, de poils de chèvre et de blancs d’œufs, ce qui bloque efficacement le transfert thermique.
De longs murs est-ouest
Le complexe comprend de très hauts murs rectilignes orientés est-ouest. En hiver, ces murs maintenaient à l’ombre de longs bassins peu profonds alimentés en eau par un réseau d’aqueducs souterrains (les qanats).
Les cotes du relevé
Faire de la glace, puis la conserver tout l’été
Le relevé du monument confirme la logique du dispositif : la coupe conique à gradins culmine à 28,70 m au-dessus d’une fosse de 6,00 m dont le sol est drainé, et les gradins servaient à l’entretien de l’enduit de taf (pisé mêlé de paille).
Une infrastructure vitale pour la ville
À l’époque, le Yakhtchāl Moayedi était une infrastructure urbaine vitale pour la population de Kerman.
La glace stockée servait à conserver les aliments, à rafraîchir l’eau potable des habitants et à préparer des douceurs traditionnelles comme le Faloodeh (un dessert glacé persan à base de vermicelles et d’eau de rose).
Inscrit au patrimoine national iranien en 1999, le site a fait l’objet de restaurations majeures et constitue aujourd’hui une attraction touristique emblématique de l’ingénierie bioclimatique persane.
Moayedi, un mécène et un qanat
Le terme Moayedi ne vient pas de nulle part : il fait référence à Moayed-al Din Reyhan, l’un de ses mécènes historiques (un dirigeant de la région à l’époque seldjoukide).
De plus, l’eau qui l’alimentait provenait directement d’un aqueduc souterrain éponyme, le qanat Moayedi.
Une cloche qui n’a rien d’hasardeux
Le dôme n’est pas une simple cloche en terre. Les ingénieurs persans ont utilisé un tracé géométrique très précis appelé arc Bastoo — une arche elliptique dont le rapport entre la longueur focale et l’ouverture est strictement de 4:3.
Cette courbure ultra-spécifique offre deux avantages majeurs :
Évacuer l’eau de fonte, mètre par mètre
Au fond de la fosse de stockage (qui descend à plusieurs mètres sous terre), les architectes ont creusé de petits canaux de drainage.
Même s’il était très performant, une infime partie de la glace fondait inévitablement au fil des mois. Ces canaux permettaient d’évacuer immédiatement l’eau liquide vers des puits profonds. Sans cela, l’eau stagnante aurait accéléré la fonte du reste du bloc de glace par conduction thermique.
Un espace culturel et touristique public
Le Yakhtchāl Moayedi a survécu à l’abandon grâce à de vastes chantiers de restauration menés par les autorités du patrimoine iranien.
Aujourd’hui, il ne produit plus de glace, mais il a été entièrement réaménagé en espace culturel et touristique public au cœur de Kerman. On peut explorer l’intérieur de sa structure et sa fosse monumentale pour comprendre l’histoire de la thermodynamique avant l’ère industrielle.
Geler de l’eau quand l’air est à 40 °C
Contrairement à une idée reçue, les Perses ne se contentaient pas de stocker de la glace transportée depuis les montagnes : ils la fabriquaient directement sur place, même lorsque les températures diurnes frôlaient les 40 °C. Cette prouesse reposait sur l’exploitation fine de deux principes physiques.
Le refroidissement radiatif nocturne (vers le cosmos)
C’est le secret majeur. Pendant les nuits d’hiver, le ciel du désert est extrêmement clair et sec. L’absence d’humidité permet à la chaleur accumulée par la Terre de s’échapper sous forme de rayons infrarouges directement vers le vide intersidéral. Les Perses aménageaient de longs bassins très peu profonds (abanbar). L’eau y perdait sa chaleur par rayonnement thermique vers le ciel nocturne, au point de geler alors même que la température de l’air ambiant restait légèrement supérieure à 0 °C.
L’ombrage thermique strict
De gigantesques murs orientés est-ouest (parfois hauts de 12 mètres) bloquaient totalement les rayons du soleil pendant la journée sur les bassins situés du côté nord. L’eau restait ainsi glaciale en permanence, maximisant les chances de gelée dès la nuit tombée.
Le refroidissement évaporatif par Badgir
Certaines installations utilisaient des tours du vent (badgirs) combinées à des aqueducs souterraines (qanats). Le vent s’engouffrait dans la tour, léchait l’eau froide du qanat sous la fosse, provoquant une évaporation immédiate qui abaissait drastiquement la température de l’air ambiant dirigé vers le stock de glace.
Deux yakhtchāl, deux intégrations
Bien que partageant la même fonction, le Yakhtchāl Moayedi de Kerman et le Yakhtchāl de Meybod (province de Yazd) illustrent deux intégrations urbaines et géométriques différentes.
Restaurer la terre crue sans la dénaturer
Restaurer des édifices en terre millénaires (adobe et torchis) comme le Yakhtchāl Moayedi impose des contraintes techniques strictes pour ne pas dénaturer leurs propriétés physiques. Les campagnes menées par le ministère du Patrimoine culturel iranien suivent un protocole rigoureux.
Poursuivre à Kerman
La glacière est à quelques minutes du vieux Kerman : elle se combine naturellement avec le dôme de pierre de Jabaliyeh, puis avec les grands ensembles de la province.
Sources et réserves. Page établie d’après le texte fourni sur le Yakhtchāl Moayedi et d’après le plan d’ensemble et les coupes A-A et C-C joints (dessin YAK-01 : plan de masse, coupe longitudinale par l’axe du réservoir et coupe transversale par le vestibule d’hiver et la porte d’été ; cotes en mètres, restitution graphique d’après relevé, ne se substituant pas au relevé d’origine du monument). Précisions et réserves : la hauteur du dôme est donnée « environ 20 mètres » dans le texte courant, tandis que le relevé coté porte le sommet à +28,70 m et la fosse à −6,00 m — les deux valeurs sont conservées ici telles quelles, l’écart tenant vraisemblablement à la hauteur totale de la coupole et à la différence de niveau par rapport au sol actuel. L’épaisseur du mur d’ombre relevée va de 4,50 m à la base à 2,40 m au sommet, tandis que la paroi de la fosse est de 2,60 m. L’attribution aux Seldjoukides des fondations d’origine et le rôle de mécène de Moayed-al Din Reyhan relèvent des traditions locales ; l’inscription au patrimoine national est datée de 1999. Les dimensions des bassins (6,00 × 43,00 m environ) sont données comme des ordres de grandeur. Photographies : la fiche source ne proposant pas de vue exploitable du monument, les clichés proviennent de Wikimedia Commons et sont crédités sous leur licence : vue générale © Zahraaa 69 (CC BY-SA 4.0) ; jardin et parvis © Ahmad Masoominezhad (CC BY-SA 4.0) ; dôme à gradins © HamidVasheghaniFarahani (CC BY-SA 4.0) ; mur d’ombre © Hamedmm92 (CC BY-SA 4.0) ; entrée du site © auoob farabi (CC BY-SA 3.0) ; vue historique © elias izadkhah (CC BY-SA 4.0). Le plan et les deux coupes proviennent du document PDF fourni par l’utilisateur (Pasargades, dessin YAK-01). Images redimensionnées et converties au format WebP, embarquées directement dans la page.