de Kerman
place de 99 × 54 m
dynastie safavide
Un joyau safavide au cœur de Kerman
Le complexe Ganj Ali Khan est le joyau historique de la ville de Kerman. Construit au XVIIe siècle sous la dynastie safavide, ce chef-d’œuvre architectural de 11 000 m² s’articule autour d’une immense place publique et rassemble tous les éléments clés de la vie sociale, religieuse et économique de la Perse d’autrefois.
Ganj Ali Khan gouverne les provinces de Kerman, du Sistan et de Kandahar de 1596 à 1621, sous le règne de Shah Abbas Ier. Les inscriptions de fondation disséminées dans les bâtiments permettent de suivre le chantier : le portail du caravansérail porte une inscription de 1598, les bains publics sont achevés en 1611, et l’atelier monétaire, commencé en 1598, est terminé en 1625 — après la mort du gouverneur.
Le complexe couvre une superficie de 11 000 mètres carrés et s’organise autour d’une grande place publique de quatre-vingt-dix-neuf mètres sur cinquante-quatre, alignée sur le bazar Vakil qui traverse la vieille ville d’est en ouest. La place est entourée d’arcades de bazar au nord, au sud et à l’ouest, et flanquée du caravansérail à l’est. L’entrée des bains publics s’ouvre sur une section du bazar, au sud de la place. L’ensemble a été construit dans le style d’architecture d’Ispahan.
Deux siècles plus tôt, les places iraniennes s’établissaient près des gouvernorats et servaient de lieux de rassemblement et de cérémonies. Celle de Ganj Ali Khan obéit à la même logique que la place Naqsh-e Jahan d’Ispahan ou la place Mir Chakhmagh de Yazd : des bazars, des caravansérails et des écoles disposés autour d’une esplanade qui met en scène l’ordre de la ville.
Cinq étapes à ne pas manquer
Voici les monuments incontournables à ne pas manquer lors de votre visite.
Le Hammam (bain public)
C’est la partie la plus célèbre du complexe. Ce bain historique a été transformé en un magnifique musée anthropologique. L’architecture intérieure y est spectaculaire, avec ses fresques détaillées, ses faïences turquoise et ses jeux de lumière naturelle. Des mannequins en cire en costumes d’époque permettent de comprendre les rituels et l’art de vivre des bains persans traditionnels.
Le Grand Bazar et le marché du cuivre
Le bazar borde la place centrale. Ses voûtes en briques abritent des étals de tapis de Kerman, d’épices — notamment le cumin local — et d’artisanat. Ne manquez pas la section des artisans du cuivre (Bazaar-e Mesgarha), où vous pourrez observer et entendre les dinandiers marteler le métal à la main selon des techniques ancestrales.
La Mosquée Ganj Ali Khan
Située dans un angle de la place, cette petite mosquée servait autrefois de lieu de prière privé pour le gouverneur. Bien que de taille modeste, elle est considérée comme un chef-d’œuvre d’art décoratif en raison de la finesse extrême de ses mosaïques, de ses calligraphies et de ses stucs dorés.
Le Caravansérail
Ce grand bâtiment doté d’une cour centrale à arcades servait d’hôtel de transit pour les marchands et les voyageurs de la Route de la Soie. Il a également fait office d’école religieuse (medersa) par le passé.
Le Musée de la Monnaie (Mint)
Ce bâtiment à coupole servait d’atelier officiel pour frapper la monnaie à l’époque safavide. Il est aujourd’hui reconverti en un petit musée numismatique exposant des pièces de monnaie anciennes issues de différentes dynasties persanes.
Le génie discret du complexe
Au-delà des bâtiments principaux, le complexe Ganj Ali Khan regorge de prouesses d’ingénierie et de détails historiques fascinants qui échappent souvent au premier regard.
Le Badgir (la tour du vent)
Le complexe intègre un grand badgir, un système ancestral de climatisation naturelle. Les ouvertures au sommet captent la moindre brise pour la diriger vers le bas, où l’air passe sur un bassin d’eau fraîche avant de circuler dans les murs.
L’Ab Anbar et le qanat
L’eau qui alimentait le complexe provenait d’un qanat, un canal souterrain excavé par Ganj Ali Khan lui-même. Il alimentait une immense citerne souterraine — l’Ab Anbar-e Alimardan Khan — capable de stocker près de 2 millions de litres d’eau pour la ville.
La division sociale du Hammam
Le hammam historique ne servait pas qu’à se laver. Il disposait de six vestiaires distincts, chacun réservé à une classe sociale spécifique de la Perse safavide : les ecclésiastiques, les sayyeds (descendants du Prophète), les khans (nobles), les riches marchands… et le peuple.
La pierre du temps
Dans le hammam se trouve une pierre translucide unique, appelée « pierre du temps ». Elle captait la lumière extérieure pour indiquer l’heure aux baigneurs en fonction de l’inclinaison des rayons solaires. Le plafond était d’ailleurs recouvert de marbre fin qui laissait filtrer une douce lumière naturelle.
L’architecte du complexe
Bien que le complexe porte le nom du gouverneur, son génie architectural est l’œuvre du grand maître Sultan Mohammad, architecte de Yazd — également cité sous le nom de Mohammad Soltani. C’est lui qui a conçu cette harmonie parfaite inspirée du style d’Ispahan.
Une ville en miniature
Sur quelques dizaines de mètres, le visiteur passe du bruit du marché à la pénombre humide des bains, puis au silence d’une cour de caravansérail. Cette succession d’ambiances résume la ville persane d’autrefois : le commerce, la purification, le voyage et le pouvoir réunis dans un même périmètre.
Sous le sol, derrière les murs
Si l’on creuse dans l’histoire, les anecdotes et les secrets de construction, le complexe Ganj Ali Khan révèle d’autres aspects fascinants.
L’incroyable système de chauffage par le sol
Bien avant nos planchers chauffants modernes, l’architecte du hammam a conçu un système de « radiateurs souterrains ». Sous le sol du calidarium (la salle chaude), un réseau de canaux acheminait la fumée et l’air brûlant issus du four central (Golom-jan). Cette chaleur traversait tout le sous-sol pour réchauffer les dalles de pierre avant d’être évacuée par des cheminées dissimulées. Rien n’était perdu : la fumée servait à chauffer les pieds des baigneurs.
La « Pierre de Justice » (Sang-e Sa’at)
Au-delà de donner l’heure grâce à sa translucidité, une pierre spécifique à l’entrée du hammam servait de repère juridique et social. Quiconque s’estimait lésé ou trompé sur le marché ou dans le complexe pouvait s’y tenir pour réclamer l’arbitrage direct des responsables du Khan. C’était un symbole fort de l’équité voulue par le gouverneur au cœur du pôle commercial.
Les mangeoires cachées et le secret du caravansérail
Le caravansérail, qui accueillait les marchands de la Route de la Soie, possède une architecture à double niveau. Ce que l’on sait moins, c’est que derrière les alcôves du rez-de-chaussée se cache un immense couloir circulaire fortifié appelé Shotor-Khan (l’étable à chameaux). Les marchands pouvaient y abriter des dizaines de bêtes de somme et de chevaux, à l’abri des regards et du vol, avec des mangeoires taillées à même la brique de manière totalement invisible depuis la cour centrale.
Les accessoires d’époque du musée
Les mannequins de cire installés en 1973 par la faculté des beaux-arts de l’Université de Téhéran ne sont pas de simples décors : ils tiennent entre leurs mains de véritables objets d’époque récupérés dans la région. Vous y verrez de vrais rasoirs anciens, des fioles à parfum en verre soufflé qui contenaient de l’essence de rose, des brosses en poils d’animaux et de longues pipes traditionnelles (qalyans) que les notables fumaient pendant des heures après s’être fait masser.
Les cicatrices de l’Histoire
Si le complexe est si remarquablement préservé, il porte pourtant les stigmates de la fin du XVIIIe siècle. Lorsque le souverain Agha Mohammad Khan, fondateur de la dynastie Qadjar, a assiégé et ravagé Kerman en 1794 pour punir la ville d’avoir soutenu son rival, une grande partie des structures du complexe a été vandalisée. C’est grâce à de patientes vagues de restaurations successives — notamment en 1968 et en 2025 — que les faïences et les stucs ont retrouvé leur éclat safavide.
Le décor du bazar et du hammam
Le bazar est décoré de plâtres et de peintures murales exquis qui, malgré quatre siècles, restent bien conservés. Dans les bains, une particularité de finition étonne les architectes : les pierres sculptées du plafond reprennent exactement le dessin de celles du sol. Levez les yeux en sortant de la salle chaude.
Une visite à composer entre bazar et bains
Le complexe se parcourt à pied, dans un périmètre très compact : on passe de l’esplanade au bazar, du bazar aux bains, des bains au caravansérail sans jamais quitter le vieux centre de Kerman.
Compter deux à trois heures
La place et ses arcades se découvrent librement ; le hammam-musée, le caravansérail et le musée de la monnaie méritent chacun une visite attentive. Prévoyez une demi-journée si vous voulez aussi flâner dans le marché du cuivre.
Matin ou fin d’après-midi
À Kerman, la chaleur de la mi-journée est vive en saison chaude : l’ombre se trouve sous les arcades et dans les galeries couvertes du bazar. Les fins d’après-midi offrent la plus belle lumière sur les briques et les faïences.
Regarder sous ses pieds
Le sous-sol du hammam, les seuils de pierre, les mangeoires du caravansérail : une bonne part du génie du lieu est invisible au premier regard. Prenez le temps de lire les panneaux, souvent bilingues.
Poursuivre à Kerman
Le complexe Ganj Ali Khan ouvre sur le reste du vieux centre : on sort des bains pour retrouver le bazar, la grande mosquée et les caravansérails de la ville.
Sources. Synthèse établie à partir de la fiche et des galeries Pasargades consacrées au complexe Ganj Ali Khan et à ses bains, et de sources documentaires : Encyclopaedia Iranica (notice « Ganj-‘Ali Khan »), Wikipédia (« Ganjali Khan Complex »), la galerie et la banque d’images du MIT Dome consacrées à la ventilation du complexe, le média iranien Tasnim News Agency, le site Archnet, la revue en ligne Iran Cultura (version française), le guide irun2iran, ainsi que le blog Historical Iran pour le mobilier du hammam-musée. Photographies : galeries Pasargades ; images redimensionnées et converties au format WebP, embarquées directement dans la page.