Aller au contenu

Grande Mosquée - Pasargades — Encyclopédie indépendante du voyage en Iran

Sauter le menu
Sauter le menu

Grande Mosquée

La Grande Mosquée de Kerman — Jameh Mozaffari | Pasargades
Kerman · la Grande Mosquée Mozaffari

La Grande Mosquée

« Masjed-e Jameh : depuis 1349, quatre iwans, une cour immense, le plus ancien ensemble de faïence mosaïque conservé de la dynastie mozaffaride — et pas un seul minaret, en bordure du grand bazar de Kerman. »

Édification
1349
750 de l’hégire
Commanditaire
Amir Mobariz al-Din
Muhammad (Mozaffarides)
Situation
Bordure du grand bazar
place Shohada
Plan
Quatre iwans
aucun minaret
01 · Histoire et origines

Une mosquée née d’un vœu de guerre

La Grande Mosquée de Kerman — ou Masjed-e Jameh, également appelée mosquée Mozaffari —, construite en 1349, est l’un des plus somptueux et des plus anciens chefs-d’œuvre islamiques du sud-est de l’Iran. Située en bordure directe du grand bazar de Kerman et de la place Shohada, elle incarne la splendeur architecturale de l’époque de la dynastie locale des Mozaffarides.

L’histoire de sa construction cache un serment militaire. Le souverain Amir Mobarez el-Din Mohammad (1301-1363) a ordonné sa construction après avoir survécu à une bataille féroce et décisive contre les tribus turques des Jerman et des Oghan. Pour remercier Dieu de sa victoire, il a tenu sa promesse et a financé entièrement ce projet monumental grâce aux revenus de ses exploitations agricoles personnelles, situées à Meybod.

Le contexte dynastique éclaire le monument. Après la mort d’Abu Sa’id en 1335, les Mozaffarides se détachent des Ilkhanides et fondent leur propre dynastie, qui gouverne le centre de l’Iran de 1314 à 1393. La Grande Mosquée de Kerman est, selon la notice de référence du programme Archnet, le plus ancien exemple conservé d’architecture mozaffaride.

Pourquoi trois noms ? Le même édifice est appelé Grande Mosquée (traduction de Masjed-e Jameh, la mosquée « rassemblante » où se tient la prière du vendredi), mosquée Jameh — la transcription la plus courante dans les guides — et mosquée Mozaffari, du nom de la dynastie qui l’a voulue. La date de 1349 n’est pas une estimation : elle provient de l’inscription de fondation du portail principal, qui porte l’année 750 de l’hégire. C’est ce même portail, et non une tradition tardive, qui rattache le monument à son commanditaire.

02 · Architecture et esthétique

Quatre iwans, aucune tour et deux orientations

La mosquée est construite selon le plan traditionnel persan à quatre iwans — ces porches voûtés ouverts sur une immense cour centrale —, avec le luxe d’ornementation qui caractérise l’architecture de l’Iran médiéval.

Silhouette

L’absence de minarets

Contrairement à la très grande majorité des mosquées iraniennes, la Grande Mosquée de Kerman ne possède aucun minaret. L’explication historique réside dans la volonté de son bâtisseur, l’émir Mubariz al-Din Muhammad, de concevoir une structure épurée et solide face aux fréquents séismes de la région — ou d’éviter que des tours ne s’effondrent sur les habitations et les échoppes environnantes.

Chef-d’œuvre

La splendeur de l’iwan ouest

Le porche ouest est le plus monumental. Sa voûte impressionnante est entièrement recouverte d’une délicate mosaïque géométrique en faïence bleue, turquoise et blanche, surmontée d’inscriptions calligraphiques complexes : un bandeau de script blanc sur fond bleu foncé court sur le pourtour, tandis que les écoinçons sont remplis d’arabesques florales.

Géométrie

Une double orientation

Le portail d’entrée monumental est parfaitement aligné avec la structure de la rue et du bazar, pour des raisons esthétiques et urbaines. Mais dès que l’on franchit le seuil, un angle subtil dans le couloir de transition réaligne le visiteur en direction de La Mecque — la qibla —, sans que cela perturbe l’harmonie extérieure.

Contraste

L’horloge historique

Sur l’iwan faisant face au sanctuaire principal, l’ajout ultérieur d’une tour d’horloge de style qadjar apporte un contraste saisissant à l’ensemble médiéval : un repère visuel qui signale aussi la mosquée depuis les toits du bazar.

Demi-coupole de muqarnas tapissée de faïence dans la Grande Mosquée de Kerman
La demi-coupole de muqarnas qui couronne un iwan : les alvéoles de terre cuite alternent avec des éclats de faïence émaillée.
Panneaux de mosaïque bleue et bandeau d’inscription calligraphique dans la Grande Mosquée de Kerman
Mosaïque de carreaux découpés et bandeau d’inscription blanc sur fond bleu foncé : le répertoire décoratif des iwans.

Le plan complet obéit à une composition très lisible. L’entrée principale se trouve au nord, face à une petite place urbaine avec bassin central, et s’impose par un pishtaq — portail-porche — de 20 mètres de haut. Deux espaces successifs mènent de ce portail vers la cour : une salle intermédiaire carrée, surmontée d’une coupole à muqarnas alternant briques émaillées et non émaillées, puis un iwan ouvrant sur la cour. Les iwans est et ouest, sur l’axe transversal, mesurent environ 5 × 12 mètres, et des salles de prière à colonnes (environ 16 × 24 mètres) s’étendent derrière les arcades, alignées sur les murs extérieurs des quatre iwans, formant un périmètre rectangulaire.

03 · Art décoratif

Un chef-d’œuvre de mosaïque à quatre couleurs

Le travail de faïence de la mosquée est considéré par les historiens comme le plus ancien et le mieux conservé de la dynastie mozaffaride. Les artisans ont utilisé une palette volontairement restreinte mais éclatante, déployée en mosaïque de carreaux découpés — un savoir-faire bien plus coûteux que la simple céramique peinte.

PaletteBlanc
PaletteJaune
PaletteBleu foncé
PaletteTurquoise

La mosaïque continue ne couvre pas tout l’édifice : elle est réservée au portail principal et au parement des arcades. Dans la cour, les motifs géométriques tapissent les piles de l’arcade et le bord supérieur de la frise ; les écoinçons, eux, reçoivent un décor végétal d’arabesques. Sur le portail nord, les panneaux rectangulaires alternent registres géométriques, floraux et végétaux, sous un bandeau d’inscription en écriture blanche sur fond bleu foncé qui encadre le périmètre extérieur de l’iwan.

Les arabesques et les motifs floraux qui tapissent le mihrab — la niche de prière, en marbre du XVIe siècle — comptent parmi les plus fins d’Iran. La technique employée est celle de la mosaïque de carreaux découpés : chaque pièce est taillée dans une plaque de terre cuite émaillée avant d’être assemblée, ce qui permet des courbes et des lettres d’une finesse impossible à obtenir au simple carreau de revêtement. C’est cette maîtrise qui vaut à l’édifice d’être considéré comme le jalon le plus ancien et le mieux conservé de l’art mozaffaride de la faïence.

Panneaux de faïence géométrique verte, bleue et jaune et bandeau d’inscription dans la Grande Mosquée de Kerman
Panneaux géométriques et bandeau calligraphique : la palette jaune, bleu et turquoise du répertoire mozaffaride, presque intacte après sept siècles.
04 · Le miracle des survivances

1794 : la mosquée qui est restée debout

La mosquée a traversé des siècles de conflits violents, notamment la terrible invasion de Kerman en 1794 par Agha Mohammad Khan, le fondateur de la dynastie qadjare, qui détruisit une grande partie de la ville.

Les tirs de canon ont endommagé une section des façades — le portail oriental fut abattu, puis reconstruit —, mais le sanctuaire principal est resté debout. Les cicatrices et les restaurations successives, notamment sous la période safavide et à l’époque qadjare, sont subtilement visibles à travers les variations de teintes des tuiles émaillées : chaque campagne a laissé sa nuance de bleu. Les tuiles du grand porche furent notamment reprises à l’époque de Vakil-ol-Molk, le gouverneur bâtisseur du complexe Vakil.

Ce que l’on appelle ici « miracle » n’est donc pas une légende : c’est la conséquence d’un entretien continu. Un édifice de briques et de faïence ne survit pas sept siècles par accident, mais parce que chaque génération a remplacé ce qui tombait.

Cour de la Grande Mosquée de Kerman, arcades et iwan bordant un bassin
La cour : arcades, bassin et iwan nord. Les restaurations successives expliquent les nuances de bleu d’une travée à l’autre.
L’iwan nord de la Grande Mosquée de Kerman surmonté de la tour de l’horloge
L’iwan nord, surmonté de la tour d’horloge ajoutée à l’époque qadjare : l’écart de style avec le reste de l’édifice saute aux yeux.
05 · Eau et ville

Le mystère du canal asséché (Mastora)

Pendant des siècles, la vie de la mosquée était rythmée par l’eau. Un canal souterrain historique appelé Mastora traversait de part en part l’enceinte de la mosquée pour alimenter les bassins d’ablution.

Ce canal avait été conçu et nommé en hommage à la fille du Shah Turan Ier. Il a fini par s’assécher définitivement au milieu du XXe siècle — il y a un demi-siècle, notent les notices locales —, mais son tracé reste un témoignage fascinant de l’ingénierie hydraulique des oasis du désert : capter l’eau loin de la ville, la faire descendre sous terre pour éviter l’évaporation, et la distribuer jusqu’aux bassins d’un édifice religieux.

06 · Détails insolites

Paons, poissons et remparts franchis

Si vous aimez creuser l’histoire, la Grande Mosquée recèle encore deux détails inattendus : des animaux figurés dans un décor sacré, et un emplacement d’origine aujourd’hui méconnaissable.

Mosaïques vernissées

Les rares animaux tolérés dans l’art chiite

Si vous observez très attentivement les détails des mosaïques vernissées au niveau du grand portail d’entrée (pishtaq), vous découvrirez des motifs figuratifs surprenants pour un lieu de culte islamique : des représentations de paons et de poissons. Ce sont les deux seuls animaux traditionnellement tolérés dans ce type de décor sacré — une particularité régulièrement signalée par les guides, que l’on repère surtout à la jumelle ou sur une photographie zoomée.

Urbanisme

Construite à l’origine… hors de la ville

Aujourd’hui idéalement intégrée au cœur du vieux Kerman, la mosquée a pourtant été bâtie à l’extérieur des remparts de la ville, en 1349. Ce n’est qu’au fil des siècles, à mesure que Kerman s’étendait et que son grand bazar s’allongeait, que l’urbanisme a fini par encercler et « avaler » littéralement la mosquée — faisant d’un monument périphérique le centre névralgique de la cité. Le bazar, qui part précisément du portail de la mosquée, est l’un des agents de cette absorption.

Repères

Une mosquée sans minaret, mais avec une horloge

Le paradoxe est savoureux : l’édifice médiéval a été conçu sans aucune tour, par prudence face aux séismes, et c’est une tour — l’horloge qadjare — qui signale aujourd’hui l’édifice au-dessus des toits du bazar. La silhouette que l’on photographie n’est donc pas celle du XIVe siècle, mais un palimpseste de six siècles d’ajouts.

07 · Conseils pour la visite

Entrer par le bazar, revenir à la nuit

La Grande Mosquée se visite dans le prolongement du bazar : c’est la transition entre le tumulte des commerces et le calme de la grande cour qui fait la moitié du plaisir.

Chemin

L’entrée par le bazar

L’accès le plus mémorable se fait en sortant des ruelles voûtées et animées du bazar : on débouche sur le portail monumental depuis les galeries marchandes. La transition entre le bruit des commerces et le silence religieux de la vaste cour en briques est saisissante.

Moment

La magie du soir

De nombreux voyageurs apprécient particulièrement la visite à la nuit tombée : l’éclairage met superbement en valeur les mosaïques bleues, et la fraîcheur nocturne en fait un lieu de rassemblement paisible pour les habitants, qui viennent y prier ou s’y détendre après le marché.

Pratique

Horaires et tenue

La fiche du site indique une ouverture tous les jours, de 7 h à 21 h. Ces horaires peuvent changer, en particulier pendant les fêtes religieuses, le Nouvel An persan et les périodes de restauration : vérifiez-les sur place. Épaules et jambes couvertes, voile pour les femmes, et discrétion pendant les prières.

Poursuivre à Kerman

La Grande Mosquée ouvre le quartier du bazar : à quelques minutes, les ensembles qadjar et safavide de la ville prolongent la promenade.

Sources et réserves. Synthèse établie à partir de la fiche et des galeries Pasargades consacrées à la Grande Mosquée de Kerman, et de sources documentaires : notices du programme Archnet et articles de presse iranienne consacrés à la mosquée du vendredi de Kerman (datation de 1349 / 750 de l’hégire, plan à quatre iwans, portail nord de 20 m, iwans est et ouest de 5 × 12 m, salles de prière de 16 × 24 m, palette de quatre couleurs, restaurations safavides et qadjares, destruction du portail oriental par les canons d’Agha Mohammad Khan). Le détail des paons et des poissons relève des observations rapportées par les guides ; l’assèchement du canal Mastora est daté « au milieu du XXe siècle » ou « il y a un demi-siècle » selon les notices. Photographies : galeries Pasargades consacrées à la Grande Mosquée ; images recadrées pour retirer les filigranes, redimensionnées et converties au format WebP, embarquées directement dans la page.

Retourner au contenu