double dôme
mortier de gypse
de Kerman
8 h - 18 h
Un octogone de pierre au milieu des briques
Le Gonbad-e Jabaliyeh (ou Dôme de Jabalieh), également connu sous le nom de Dôme Gabri, est l’une des structures les plus mystérieuses et fascinantes de Kerman. Situé à la lisière est de la ville, au pied des montagnes de calcaire rouge, ce monument frappe par sa silhouette massive et solitaire.
Alors que l’immense majorité des monuments historiques perses de cette époque sont construits en briques cuites ou en pisé, le Gonbad-e Jabaliyeh se distingue par sa maçonnerie entièrement en pierre de taille et mortier de gypse.
Il s’agit d’un imposant bâtiment octogonal à trois niveaux, couronné par un double dôme relativement plat, en briques, ajouté ou restauré plus tard. Chacun des huit côtés possédait à l’origine une grande porte de 2 mètres de large ; pour renforcer la structure face au temps et aux séismes, sept de ces arches ont été condamnées avec des blocs de pierre, ne laissant qu’une seule entrée ouverte.
Trois hypothèses, aucune certitude
L’histoire exacte du Gonbad-e Jabaliyeh divise encore les historiens. Trois lectures se sont imposées au fil des recherches.
Un temple du feu zoroastrien ?
Son autre nom, Gonbad-e Gabri (« le dôme des Zoroastriens »), et son architecture d’inspiration sassanide laissent penser qu’il s’agissait d’un sanctuaire religieux ou d’un temple du feu datant d’avant l’invasion arabe. Les notices du site rappellent d’ailleurs que le bâtiment « semble antérieur au IIe millénaire après J.-C. » et qu’il aurait pu être zoroastrien — lieu de repos d’un prêtre, selon une théorie, temple du feu selon une autre.
Un mausolée ?
La structure à plan octogonal rappelle fortement les premières tours funéraires islamiques d’Iran. Les dernières recherches estiment qu’il pourrait s’agir d’un monument commémoratif ou d’un tombeau d’apparat construit vers la fin du Xe siècle.
Un observatoire ?
En raison de ses alignements et de sa forme, certains experts ont également émis l’hypothèse d’un ancien centre d’observation astronomique. L’orientation des ouvertures et la géométrie de l’octogone nourrissent la discussion.
Le musée de la Pierre de Kerman
Depuis 2004, le dôme a été réhabilité en Musée de la Pierre de Kerman (Jabalieh Stone Museum). L’intérieur, totalement vide sous la coupole, abrite une collection remarquable de plus de 120 pierres sculptées historiques : pierres tombales gravées de différentes époques islamiques, inscriptions antiques en écriture coufique — dont celle de la mosquée Abdar Ashkan —, stèles et éléments gravés provenant de toute la province.
Parmi les nombreuses stèles funéraires, deux pièces retiennent particulièrement l’attention des passionnés d’archéologie :
L’inscription de la mosquée d’Ashkan est une gravure complexe en écriture coufique réalisée sur un bloc de pierre naturelle. Elle est considérée comme la plus ancienne inscription islamique connue de toute la province de Kerman. La pierre gravée de Khwaja Atabak, elle, est une stèle datant de l’époque des Turcs Seldjoukides (XIe-XIIe siècle), magnifiquement sculptée, qui témoigne de l’importance de Kerman à cette période médiévale.
Du carré au cercle, de 8 à 32 côtés
Au-delà de sa composition en pierre, les architectes analysent ce dôme comme un chef-d’œuvre de transition géométrique.
Le défi majeur de l’architecture persane antique était de poser une coupole circulaire sur une base angulaire. Le Gonbad-e Jabaliyeh résout cela avec brio : sa base est un octogone parfait (8 côtés), qui se transforme au deuxième niveau en une structure à 16 côtés, puis en 32 côtés juste sous la base du dôme. Chaque palier rachète l’angle du précédent, jusqu’à ce que le polygone devienne un cercle assez régulier pour porter la coupole.
Les niches de décharge — les arcs et renfoncements visibles à l’extérieur — ne sont pas seulement décoratives : elles font office de contreforts, indispensables pour alléger le poids de la structure et répartir la pression sur le sol. C’est aussi ce qui a permis aux sept arches murées de tenir sans déformer l’ensemble.
Gabri, Jabaliyeh : ce que dit le nom
Le mot Jabaliyeh est une arabisation du mot persan Gabri. Dans l’Iran ancien, après la conquête islamique, le terme Gabr était utilisé par les musulmans pour désigner les communautés zoroastriennes locales — souvent de manière péjorative.
Le fait que le monument soit historiquement appelé Gonbad-e Gabri (le dôme des Zoroastriens) ou Jabel-i Sang (la montagne de pierre) est l’un des indices les plus solides témoignant de racines plongeant loin dans l’ère pré-islamique sassanide.
Le parc, les collines, et la vue sur Kerman
Le monument est entouré d’un agréable parc boisé très prisé des habitants de Kerman en fin de journée. Juste à côté, les collines rocheuses qui abritent le cimetière des martyrs offrent un point de vue panoramique exceptionnel sur la ville de Kerman au coucher du soleil.
Où se trouve le dôme
Le Gonbad-e Jabaliyeh est situé à la périphérie est de la ville de Kerman, au bout de l’avenue Shohada (Boulvard-e Shohada), juste au pied des collines et des montagnes de calcaire rouge qui bordent la ville à l’est. Le dôme est implanté au cœur du parc Pardisan Qaem, un grand parc boisé très populaire, et juste à côté du cimetière des martyrs de Kerman (Golzar-e Shohada). Depuis le centre historique — le complexe Ganjali Khan —, comptez 10 à 15 minutes en voiture.
Le musée et les sculptures du parc
Le site est ouvert tous les jours de 8 h à 18 h (horaires à confirmer selon la saison). À l’intérieur, le musée de la Pierre occupe la salle sous la coupole : la visite est courte mais dense, prévoyez 30 à 45 minutes. Dans le parc, ne manquez pas les sculptures métalliques qui dialoguent avec le dôme : elles font partie du décor familier du lieu.
Deux types d’expériences, complémentaires
Puisque vous explorez les incontournables de Kerman, la province propose deux familles de sorties radicalement différentes : le choc de la nature, et l’immersion urbaine.
Option A · Le choc de la nature
Les Kaluts du désert de Lut
À environ 1 h 30 de Kerman, ces cités de sable sculptées par le vent s’étendent à perte de vue. C’est un paysage de science-fiction. Le désert de Lut détient régulièrement le record mondial de la température au sol la plus élevée jamais enregistrée sur Terre — plus de 70,7 °C —, ce qui impose de visiter les Kaluts au lever du jour ou en fin d’après-midi.
La station de Sirch
À seulement quelques dizaines de kilomètres de ce désert brûlant, on trouve des sommets enneigés et la seule piste de ski du sud de l’Iran. Le contraste avec les Kaluts, sur la même journée, donne la mesure de la province.
Option B · L’immersion urbaine
Le complexe Ganjali Khan
Au cœur du vieux Kerman : ses anciens bains publics transformés en musée d’anthropologie offrent des scènes de vie reconstituées, saisissantes de réalisme. À combiner avec le dôme de Jabaliyeh dans la même demi-journée.
Le grand bazar de Kerman
L’un des plus longs d’Iran. L’ambiance y est restée très authentique, loin des circuits de masse, et l’air y embaume les épices et le cuivre battu.
Et trois curiosités de plus
Le yakhchal de Moayedi
Une immense structure conique en briques, en plein centre de Kerman : un garde-manger thermique ancestral. En hiver, les habitants y stockaient la glace récupérée dans les montagnes. Grâce à une isolation ingénieuse en pisé et à une ventilation par le sol, la glace restait gelée tout l’été, pour conserver les aliments et rafraîchir les boissons en plein désert.
Le Kalut le plus chaud du monde
Le désert de Lut, juste à côté de Kerman, détient ce record de température au sol la plus élevée enregistrée sur Terre (parfois plus de 70,7 °C). Une raison de plus de ne visiter les Kaluts qu’au lever du jour ou en fin de journée — jamais entre les deux.
Les thermes secrets du bazar
Dans les anciens bains publics se cache une « pierre du temps » : un bloc de marbre translucide de plusieurs centimètres d’épaisseur, positionné sous une ouverture du toit. Elle filtrait la lumière du soleil de manière si précise que les baigneurs s’en servaient pour connaître l’heure exacte de la prière — sans montre.
Poursuivre à Kerman
Le dôme de pierre est à quinze minutes du vieux Kerman : il se combine naturellement avec les ensembles historiques du centre, puis avec les grands sites de la province.
Sources et réserves. Synthèse établie à partir de la fiche et des galeries Pasargades consacrées au Gonbad-e Jabaliyeh (plan octogonal à trois étages, double dôme plat, intérieur vide, construction en pierre et gypse d’inspiration sassanide, réparations dans les premières décennies de l’islam, hypothèses du temple du feu et du mausolée d’un prêtre zoroastrien, affleurements rocheux dominant le cimetière des Martyrs, ouverture tous les jours de 8 h à 18 h) et de sources documentaires sur le monument et sa réhabilitation en musée de la Pierre depuis 2004. Réserves : la datation reste discutée — les indices linguistiques (Gabri, Jabel-i Sang) et l’inspiration sassanide plaident pour une origine pré-islamique, tandis que les recherches les plus récentes évoquent un monument commémoratif de la fin du Xe siècle ; les hypothèses de l’observatoire et du tombeau de dignitaire ne sont pas tranchées. La composition du mortier au lait de chamelle relève de la tradition orale, de même que la stèle emportée par l’inondation de 1954. Les horaires du musée sont donnés à titre indicatif. Photographies : galeries Pasargades ; le cliché des sculptures du parc a été recadré pour retirer un filigrane, et l’ensemble des images a été redimensionné et converti au format WebP, embarqué directement dans la page.