Ispahan
époque safavide
de commerce
6 étapes
Du caravansérail safavide à l’Hôtel Abbasi
Le Caravansérail Abbassi, aujourd’hui célèbre sous le nom d’Hôtel Abbasi, est l’un des joyaux absolus d’Ispahan. Construit vers 1716 sous le règne du sultan Hossein, dernier souverain de la dynastie safavide, le complexe aurait été destiné à sa mère.
Comme les grandes haltes de la Route de la Soie, le caravansérail offrait aux marchands, aux voyageurs et à leurs bêtes un lieu de repos protégé. Son architecture organise les chambres, les galeries et les espaces de service autour d’une grande cour centrale. Les arcades permettaient de circuler à l’abri du soleil, tandis que les portes et les murs formaient une enceinte fortifiée.
Au fil des siècles, le bâtiment a connu les transformations et les périodes d’abandon qui ont marqué de nombreux monuments d’Ispahan. Dans les années 1950, l’archéologue et architecte français André Godard contribua à attirer l’attention sur son état et sur sa valeur patrimoniale. À partir de 1958, l’architecte français Maxime Siroux conduisit sa préservation, avec des architectes, artistes et artisans iraniens. Le site fut sauvé de la ruine, restauré puis adapté à l’hôtellerie sans perdre son plan de cour persane.
Un jardin persan entre eau, ombre et fleurs
Le jardin persan central est la première raison de franchir la porte du caravansérail. Cette grande cour carrée, d’environ 80 mètres de côté selon la présentation traditionnelle du site, transforme l’ancien lieu de halte en un véritable paysage habité.
Des canaux d’eau inspirés des qanats traversent la cour et conduisent le regard vers les galeries. Les bassins, les fontaines et les parterres fleuris introduisent une fraîcheur précieuse dans le climat sec d’Ispahan. Les platanes et les arbustes taillés composent des zones d’ombre où l’on s’attarde naturellement.
Le jardin change de caractère au cours de la journée. Le matin, les arcades se reflètent dans l’eau claire ; en fin d’après-midi, les murs prennent une teinte dorée ; le soir, les lampes ponctuent les cheminements et donnent à la cour une douceur presque théâtrale. C’est un exemple particulièrement lisible du chahar bagh, le jardin divisé en quatre par l’eau et les allées.
Le jardin n’est pas un simple décor : il est la pièce centrale du caravansérail, l’espace où voyageurs, habitants et visiteurs se rencontrent autour de l’eau.Lire l’architecture de l’Hôtel Abbasi
Boire un thé sous les voûtes safavides
L’Hôtel Abbasi allie le faste de l’architecture persane au confort moderne. Ses espaces intérieurs sont une véritable encyclopédie des savoir-faire iraniens : miroirs incrustés, peintures florales, miniatures, plâtres sculptés et plafonds travaillés.
Le salon de thé traditionnel, ou Chai Khaneh, se trouve dans la cour. C’est l’endroit idéal pour s’asseoir après une promenade et commander un thé à la menthe ou au safran. On peut l’accompagner de spécialités locales, comme le Gaz, le nougat d’Ispahan, ou une soupe Ash Reshteh aux herbes et aux nouilles.
Les salles et les suites reprennent les motifs et les couleurs de l’art persan. Le travail de l’aineh-kari — les petits miroirs assemblés en mosaïque — capte la lumière en une multitude d’éclats. Les fresques peintes à la main et les décors dorés donnent à certaines pièces une dimension presque scénographique, tout en conservant la profondeur et l’intimité d’une maison traditionnelle.
Avant la révolution iranienne, l’établissement portait le nom d’hôtel Chah Abbas, en hommage à Abbas Ier. Une extension de 11 500 m² fut réalisée en 1971, donnant au complexe l’ampleur de l’hôtel contemporain tout en conservant le jardin et les galeries de l’ancien caravansérail.
Le Français qui a consacré sa vie au patrimoine iranien
André Godard (1881–1965) était un archéologue, architecte et historien de l’art français. Nommé par le gouvernement iranien, il dirigea le Service archéologique de l’Iran pendant plusieurs décennies et participa à la préservation de monuments essentiels du pays.
Diplômé de l’École des Beaux-Arts de Paris, Godard défendait une approche fondée sur l’étude des traditions locales, la restauration attentive et l’usage de techniques modernes. Son action à Ispahan s’inscrit dans cette volonté de rendre le patrimoine vivant plutôt que de le figer.
Dans les années 1950, son intérêt pour le Caravansérail Abbassi contribua à sa sauvegarde et à sa réhabilitation, menée ensuite à partir de 1958 avec l’architecte Maxime Siroux. L’hôtel actuel doit beaucoup à cette idée : préserver la cour, les proportions et les décors tout en donnant au lieu une nouvelle fonction.
Ses grandes réalisations architecturales en Iran
Quand l’Hôtel Abbasi devient le décor d’Agatha Christie
L’Hôtel Abbasi est aussi entré dans l’histoire du cinéma. La version de 1974 d’Ils étaient dix (And Then There Were None) — adaptation du roman publié par Agatha Christie en 1939 — transpose l’intrigue dans un palace isolé du désert iranien.
Le film, dont le titre original est And Then There Were None — également connu sous le titre allemand Ein Unbekannter rechnet ab — fut tourné en Iran avant la révolution. Le Shah Abbas Hotel, aujourd’hui Hôtel Abbasi, fournit notamment ses intérieurs et sa cour. D’autres monuments iraniens apparaissent dans le récit filmé ou servent à composer l’illusion d’un hôtel perdu dans le désert.
La distribution réunit Oliver Reed, Elke Sommer, Stéphane Audran, Charles Aznavour, Richard Attenborough, Gert Fröbe et Herbert Lom. Orson Welles intervient comme la voix enregistrée du mystérieux U. N. Owen : il prête sa présence sonore au film sans faire partie des convives visibles dans le palace.
Les trésors d’Ispahan autour de l’hôtel
Le Caravansérail Abbassi est installé en plein cœur historique, sur l’avenue Amadgah. En sortant de l’établissement, les grands monuments d’Ispahan se rejoignent facilement à pied et composent un circuit particulièrement cohérent.
La Madreseh Chahar Bagh
Cette ancienne école théologique se trouve juste en face du complexe. Sa façade, ses galeries et son dôme turquoise prolongent naturellement la visite de l’hôtel.
La place Naghsh-e Jahan
Classée par l’UNESCO, elle rassemble la mosquée du Shah, la mosquée Sheikh Lotfollah, le palais Ali Qapu et le Grand Bazar Qeysarieh autour d’une immense esplanade royale.
Le palais Chehel Sotoun
Le « palais des Quarante Colonnes » est un pavillon royal safavide niché dans un jardin. Son bassin et ses fresques historiques offrent une pause paisible après la place.
Le pont Si-o-se Pol
En descendant la magnifique avenue Chahar Bagh, on rejoint le célèbre pont aux 33 arches. Les voûtes de briques prennent une lumière exceptionnelle en fin de journée.
Un parcours de 4,5 kilomètres au cœur d’Ispahan
Voici un itinéraire de marche complet regroupant les monuments évoqués, conçu pour une journée d’exploration fluide. Il totalise environ 4,5 kilomètres jusqu’au pont, hors détours, visites intérieures et temps passé dans les jardins. Le parcours n’est pas une boucle : pour rentrer à l’hôtel, comptez environ 15 minutes à pied par l’avenue Chahar Bagh, ou prenez un taxi.
Une journée de marche à préparer avec soin
L’itinéraire se fait aisément à pied, mais il faut lui laisser du temps : la place Naghsh-e Jahan et les jardins royaux invitent à de longues pauses, tandis que la chaleur peut rendre les distances plus exigeantes.
Le fleuve peut être à sec
La Zayandeh Rud est malheureusement à sec une grande partie de l’année en raison des barrages en amont. Le Si-o-se Pol reste cependant splendide par son architecture et ses perspectives.
Respecter les règles locales
Les femmes doivent porter un foulard couvrant les cheveux et des vêtements amples couvrant les bras et les jambes. Les hommes éviteront les shorts, surtout pour les lieux religieux.
Éviter le vendredi pour le bazar
Le vendredi, la majorité des boutiques du Grand Bazar sont fermées. Le jour reste agréable pour les promenades, mais choisissez un autre moment si le shopping est prioritaire.
Pour dormir à l’Hôtel Abbasi, réserver très à l’avance est recommandé : l’établissement est l’un des hôtels les plus recherchés d’Iran et se trouve souvent complet ou sur-réservé en haute saison. Les chambres donnant sur le jardin sont particulièrement limitées. Pour une simple visite, l’accès aux espaces ouverts au public et aux salons dépend des conditions de l’établissement ; renseignez-vous à l’entrée et respectez les espaces réservés aux clients.
Poursuivre dans Ispahan
L’Hôtel Abbasi est un point de départ idéal pour découvrir la capitale safavide sans multiplier les trajets.
Sources et crédits. Texte éditorial composé à partir de la fiche et des galeries Pasargades consacrées au Caravansérail Abbassi, des pages Pasargades dédiées aux monuments voisins et de la documentation générale consacrée à André Godard et aux lieux de tournage du film. Photographies issues des galeries Pasargades ; portrait d’André Godard fourni pour cette page. La fiche filmographique est vérifiable sur IMDb. Images redimensionnées et converties au format WebP. Les horaires, tarifs et conditions d’accès doivent être confirmés localement.













