sur l'axe Chahar Bagh
Chah Abbas II
jardin de 7 hectares
ouvert tous les jours
Le pavillon des cérémonies, au milieu du jardin
Le Palais de Chehel Sotoun (چهل ستون — littéralement le « Palais des 40 Colonnes ») est l'un des pavillons royaux les plus fascinants d'Ispahan, inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO.
Construit par le chah Abbas II au XVIIe siècle — achevé en 1647 selon les inscriptions de l'édifice — ce palais de plaisance, niché au cœur d'un grand jardin persan de 7 hectares entre la place Naqsh-e Jahan et l'avenue Chahar Bagh, servait de cadre aux cérémonies officielles, aux banquets d'État et à la réception des ambassadeurs étrangers. Le couronnement du chah Soleymān s'y déroula, et les voyageurs Tavernier et Chardin y décrivirent les audiences de la cour.
Le noyau du palais est une grande salle d'audience couverte de trois coupoles peu profondes — un écho des palais sassanides de Firouzabad — cantonnée de quatre petites pièces, ouverte sur un grand iwan et deux portiques latéraux, puis sur le vaste tālār, le portique à colonnes qui donne sur le bassin. Selon Kaempfer, le bâtiment s'échelonnait sur trois niveaux : la grande terrasse pour les invités du chah, la salle des notables, et le palais lui-même, avec la plateforme du trône entourée de niches voûtées.
L'illusion géométrique du bassin miroir
Face au palais, on compte précisément 20 colonnes en bois de pin et de cèdre — des troncs tournés, autrefois dorés selon Chardin — qui soutiennent le toit de la terrasse monumentale. Alors, pourquoi « 40 colonnes » ?
L'architecte a conçu un immense bassin rectangulaire de 110 mètres de long juste devant la terrasse. Quand l'eau est calme, le reflet des 20 colonnes réelles se projette parfaitement à sa surface, créant l'illusion visuelle des 40 colonnes. Le nom du palais est né de ce mirage.
En numérologie persane, le nombre 40 symbolise la plénitude, le respect et l'infini : le doublement par l'eau est donc aussi une déclaration de royauté.
La galerie des secrets de la cour
La grande salle de réception intérieure abrite six fresques murales monumentales d'une valeur historique et artistique inestimable. Elles décrivent sans tabou la vie de la cour safavide.
La fête somptueuse
La réception du roi du Turkestan, musiciens, danseuses et coupes de vin : l'ambiance hédoniste de la cour safavide.
Les peintures de guerre
Des scènes épiques d'un réalisme saisissant : les charges de cavalerie et l'introduction des premières armes à feu face aux Ottomans.
La fresque politique
Le chah Tahmasp recevant l'empereur moghol d'Inde en exil : le sceau de l'alliance historique entre l'Iran et l'Inde.
Les gardiens d'eau et le plafond qui capte la nuit
À la base des quatre colonnes centrales de la terrasse se dressent des sculptures de lions en pierre — et, aux angles du bassin, les statues de jeunes filles accompagnées de lions.
Les lions servaient autrefois de fontaines : l'eau jaillissait de leur bouche pour s'écouler dans des canaux de marbre et rafraîchir l'atmosphère de la terrasse lors des réceptions d'été. Les quatre statues de jeunes filles avec lions, qui ornent aujourd'hui les coins du bassin, proviennent d'un autre palais disparu — les gardiens du patrimoine les avaient sauvées des destructions du XIXe siècle.
L'iwan d'entrée possède quant à lui un plafond recouvert de milliers de miroirs facettés — la technique de l'Aineh-Kari — qui captaient la lumière des torches la nuit pour illuminer les visages des invités royaux. Après la restauration de 1706, les colonnes elles-mêmes furent ornées de petits morceaux de miroirs.
Un scandale politique, une profanation, des détails codés
Chehel Sotoun cache un scandale politique majeur, une profanation historique et des détails artistiques codés qui échappent complètement au regard du touriste pressé.
- La censure de trois siècles. Avec l'avènement des Qadjars, le gouverneur d'Ispahan, Zel-ol-Soltan, détestait l'héritage hédoniste des Safavides. Jugeant les fresques trop provocantes — femmes dénudées, vin, danses lascives —, il ordonna de recouvrir l'intégralité des peintures d'une épaisse couche de plâtre et de chaux. Ce qui devait être une destruction fut un miracle : le plâtre protégea les pigments originaux — safran, or pur, lapis-lazuli — de la lumière et de l'air pendant près de trois siècles. Au XXe siècle, des restaurateurs italiens grattèrent le plâtre au scalpel et révélèrent des couleurs d'une fraîcheur intacte.
- La fresque interdite : l'immolation de la veuve indienne. Parmi les peintures de la grande salle, une scène totalement étrangère à la culture persane choque souvent : le rituel hindou du Sati, une veuve s'apprêtant à être brûlée vive sur le bûcher de son mari. Le chah Abbas II l'a fait peindre pour afficher sa supériorité morale face aux ambassadeurs moghols : critiquer la coutume comme barbare, affirmer la justice et la compassion persanes.
- Le grand incendie de 1706 et les colonnes rescapées. Le palais que l'on visite n'est pas exactement celui de 1647 : un terrible incendie, sous le règne de Shah Soltan Hossein, ravagea le pavillon en bois. Pour reconstruire la terrasse à l'identique, les ingénieurs firent acheminer 20 troncs monumentaux de platanes et de cyprès rectilignes depuis les forêts lointaines du Mazandaran. Chaque colonne fut enveloppée d'une toile de lin saturée de résine et de goudron — contre les insectes et l'humidité du bassin — avant de recevoir sa fine couche de stuc peint et ses miroirs.
- Le grand scandale qadjar : un palais dépouillé. Le prince Zel-ol-Soltan transforma le palais en résidence privée pour sa maîtresse, et, jaloux de la splendeur safavide, fit arracher les milliers de diamants, d'or pur et de miroirs précieux incrustés dans les plafonds pour décorer ses appartements à Téhéran. Les fresques miniatures d'une sensualité extrême furent grattées ou recouvertes ; les mosaïques de faïence qui subsistent à l'extérieur — oiseaux et prédateurs — n'en sont qu'un infime échantillon. Les destructions qadjares de cette époque rasèrent aussi les palais riverains du fleuve (Sa'adat Abad, Namakdan) : les lions sculptés et certaines structures furent sauvés in extremis et transplantés à Chehel Sotoun, faisant de ce jardin un cimetière protecteur des chefs-d'œuvre disparus de la ville.
- L'énigme des « 8 Paradis ». Le chiffre 8 régit toute la structure du palais : la salle centrale, sur deux niveaux, se divise en 8 appartements privés (4 par étage), chacun avec sa décoration, ses couleurs et son orientation thermique — destinés aux 8 femmes préférées du souverain. Dans la tradition islamique, le paradis compte 8 portes ou 8 niveaux : l'architecte a délibérément conçu un réplicat terrestre du paradis céleste.
- Un chef-d'œuvre de climatisation passive. Au milieu du désert, le palais respirait sans technologie moderne : la coupole centrale, percée d'un oculus, aspirait l'air chaud qui s'échappait par le toit en tirant l'air frais des jardins à travers les quatre grands porches ouverts ; le bassin en marbre sous la coupole refroidissait l'air par évaporation, et des canaux de marbre faisaient ruisseler l'eau au pied des canapés royaux pour rafraîchir les pieds du chah et de ses invités.
Deux lumières, deux palais
Le palais est ouvert tous les jours, de 9h00 à 16h30 (parfois 17h00). Côté ouest de la place Naqsh-e Jahan, sur l'axe de l'avenue Chahar Bagh : impossible à manquer.
9h00 – 16h30 (ou 17h00)
Ouvert tous les jours, tout l'hiver compris : le palais abrite la plus belle fresque de la ville, à l'abri des intempéries.
Le matin… et la fin d'après-midi
Le matin pour la lumière directe sur la façade et les fresques intérieures ; en fin d'après-midi, quand le vent tombe, pour le reflet parfait des colonnes sur le bassin.
Y aller quand l'eau dort
L'illusion des 40 colonnes ne fonctionne que si l'eau est parfaitement calme : les matins d'été, avant l'agitation touristique, sont les plus fiables.
Une pause au calme, entre la place et l'avenue
Comptez 1h30 à 2h : le jardin, la terrasse, les fresques de la grande salle, le bassin — et un moment de contemplation sur l'eau, au bord du bassin, avant de redescendre vers la place.
À quelques pas de la place
Côté ouest de la place Naqsh-e Jahan, au nord-ouest du palais Ali Qâpu : le palais s'atteint en cinq minutes à pied depuis le grand bassin de la place.
Matin ou fin de journée
La visite est la plus belle au lever du jour — lumière sur les fresques, bassin calme — ou en fin d'après-midi, avant l'illumination nocturne du palais.
L'axe royal complet
Avenue Chahar Bagh juste derrière le jardin, palais Ali Qâpu et Mosquée de l'Imam côté place, et le palais Hasht Behesht, autre joyau de l'axe, à quelques minutes en voiture.
Chehel Sotoun est la charnière entre la place impériale et le monde des jardins royaux : on y arrive de la foule, et on en repart au calme — c'est peut-être son plus beau secret.
Poursuivre sur l'axe royal
Le palais ferme l'axe ouest de la place : l'avenue, le palais en face et son voisin de l'axe prolongent la découverte.
Sources et crédits. Texte éditorial composé à partir de la fiche et des galeries Pasargades consacrées au Palais de Chehel Sotoun. Photographies issues du site Pasargades et converties au format WebP pour cette page autonome. Les horaires doivent être confirmés localement.













