6 km à l’ouest d’Ispahan
dynastie Ilkhanide
deux tours identiques
avec la démonstration
Les « Minarets Mouvants » d’Ispahan
Le Menar Jonban (منار جنبان, littéralement les « Minarets Mouvants ») est l’une des curiosités architecturales les plus célèbres d’Ispahan. Construit au XIVe siècle sous la dynastie des Ilkhanides, ce monument est en réalité un mausolée dédié à un ascète soufi nommé Amu Abdollah Soqla.
Sa particularité, unique au monde, fascine les architectes et les touristes depuis des siècles : lorsqu’on secoue l’un des deux minarets, l’autre se met à osciller en parfaite synchronisation — et l’ensemble du bâtiment bouge avec eux.
Éloigné de l’agitation du centre safavide, sur la rue Atashgah à environ 6 km à l’ouest de la ville, le monument s’élève au milieu d’un bosquet de palmiers qui donne à ce lieu de mémoire un air de retraite sacrée.
Une résonance qui met les tours en mouvement
Ce mouvement surprenant s’explique par la loi physique de la résonance (parfois comparée à l’effet Doppler).
Les deux minarets possèdent des dimensions, un poids et une hauteur strictement identiques (17 mètres). Ils sont reliés par des poutres en bois flexibles insérées dans les briques, qui transmettent l’onde vibratoire d’un côté à l’autre sans briser la structure. Le rapport entre la hauteur des minarets, leur largeur et celle de l’iwan produit le vacillement à l’unisson.
« Secouez l’une des deux tours, l’autre répond : pendant quelques instants, tout le bâtiment oscille comme un seul corps. »La démonstration du Menar Jonban
Autrefois, les visiteurs pouvaient grimper eux-mêmes dans les tours pour les faire bouger. Aujourd’hui, afin de protéger ces briques vieilles de 700 ans contre l’usure, seul un employé du site est autorisé à monter pour effectuer la démonstration devant le public.
Les secrets que les guides ne racontent pas
Voici ce que l’on ne vous dit pas dans les guides de voyage classiques : quatre secrets enfouis dans la brique du Menar Jonban — qui changent complètement la lecture du monument.
- Le secret du bois. Des poutres de platane et de noyer insérées au cœur de la maçonnerie : des amortisseurs et des joints de dilatation, un génie parasismique avant l’heure.
- Les « Minarets Jumeaux » d’Iran. L’Iran possédait plusieurs structures oscillantes, comme à Ardakan (région de Yazd) : le Menar Jonban est le seul qui a survécu en si bon état.
- Un système d’alerte sonore oublié. De petites cloches suspendues au sommet de chaque minaret tintaient toutes seules, avertissant la population d’un danger imminent ou d’une secousse tellurique.
- Une attraction en sursis. Les vibrations répétées ont affaibli les fondations du XIVe siècle : les démonstrations se raréfient, et voir les minarets bouger en direct est un privilège qui pourrait bientôt disparaître.
Un iwan ilkanide sobre, une tombe, deux minarets
Au-delà du spectacle, le Menar Jonban est un monument de style ilkanide tardif, très sobre comparé aux grandes mosquées safavides bleues du centre-ville.
Le cœur du bâtiment est composé d’un grand porche traditionnel, l’Iwan, en briques de style mongol, haut de 10 mètres pour 10 mètres de large. Sous l’arche principale repose la pierre tombale en marbre blanc du mystique, datée de l’an 716 de l’hégire (1316 de notre ère).
Les deux minarets caractéristiques ont en réalité été ajoutés plus tard, à l’époque safavide — leur conception est attribuée par la tradition au grand savant Sheikh Bahai. Un rare empilement de deux dynasties dans un même monument.
Le secret du bois : des joints parasismiques avant l’heure
Le secret de la flexibilité du bâtiment réside dans l’utilisation de bois de platane et de noyer, inséré stratégiquement au cœur de la maçonnerie de briques.
- Des amortisseurs, pas une décoration. Ces poutres de bois agissent comme des amortisseurs et des joints de dilatation au sein de la maçonnerie.
- Un mortier de chaux et de cendre. Combiné à un mortier très spécifique, l’élasticité du bois permet à la structure de se déformer sous l’oscillation sans que les briques ne se fissurent ou ne s’effondrent.
- Un précurseur du génie parasismique. Une ingénierie antisismique en avance de plusieurs siècles sur les techniques modernes.
Une technologie qu’on maîtrisait ailleurs
Le Menar Jonban d’Ispahan n’est pas unique — mais c’est le seul qui a survécu en si bon état.
L’Iran possédait plusieurs de ces structures oscillantes, prouvant que les architectes de l’époque maîtrisaient parfaitement cette technologie. Les minarets de la Mosquée Jameh d’Ardakan (région de Yazd) oscillaient de la même manière, mais le mécanisme a été endommagé avec le temps. Plus loin encore, la mosquée Jama d’Ahmedabad (Inde) possédait ses propres « minarets tremblants », partiellement détruits par le séisme de 1828.
Le seul survivant
La seule structure oscillante encore intacte au monde, qui présente le phénomène en démonstration.
Le frère endommagé
Ses minarets oscillaient également de la même manière ; le mécanisme est aujourd’hui endommagé avec le temps.
Le cousin lointain
Ses « minarets tremblants » ont été partiellement détruits par le tremblement de terre de 1828.
Les ingénieurs se demandent toujours si l’oscillation a été conçue volontairement par l’architecte pour impressionner les fidèles et symboliser la transe mystique du soufisme — ou s’il s’agit d’un accident de construction glorieux, dû aux propriétés physiques des briques et à la hauteur des tours.
Des cloches qui sonnaient toutes seules
Voici ce que l’on ne vous dit pas dans les guides de voyage classiques : les deux tours ont été un jour la sonnerie d’alarme acoustique du quartier.
Des études architecturales ont montré que de petites cloches étaient autrefois suspendues au sommet de chaque minaret. Lors des grands rassemblements, ou lors de séismes légers, la résonance du bâtiment faisait tinter ces cloches de manière autonome.
Cela servait de signal d’alarme sonore pour prévenir la population locale d’un danger imminent ou d’une secousse tellurique.
Une démonstration qui ne durera peut-être pas
Les minarets ne bougent pas en continu : les démonstrations ont lieu à heures fixes, et l’accès aux tours est strictement contrôlé.
10h30, 12h00, 13h30, 15h00, 16h30
Les séances de secousse sont réparties sur la journée. Planifiez votre arrivée un peu en avance pour ne pas rater le créneau.
Une main habilitée
Seul un employé du site peut monter secouer le minaret : l’autre répond en parfaite synchronisation, avec l’ensemble du bâtiment.
Se dépêcher de voir
Les vibrations répétées ont affaibli les fondations du XIVe siècle : de nombreux experts préconisent l’arrêt total des démonstrations physiques.
Le gouvernement iranien a dû réduire drastiquement le nombre de démonstrations quotidiennes ces dernières années. Les vibrations répétées pendant des siècles ont fini par affaiblir les fondations du XIVe siècle, et de nombreux experts internationaux préconisent l’arrêt total des démonstrations physiques pour figer le monument et le préserver. Voir les minarets bouger en direct est un privilège qui pourrait bientôt disparaître.
Un monument excentré, à combiner
Le Menar Jonban se trouve sur la rue Atashgah, à environ 6 km à l’ouest du centre d’Ispahan, sur la route de Najafabad. Le site est ouvert tous les jours, de 9h00 à 16h30 (parfois 17h00).
6 km à l’ouest
En voiture ou en taxi, comptez une quinzaine de minutes depuis le centre. Le monument est facile à trouver : suivez l’avenue Atashgah vers Najafabad.
Venir avant le créneau
Séances généralement à 10h30, 12h00, 13h30, 15h00 et 16h30, horaires susceptibles d’évoluer. La dernière démonstration a souvent lieu vers 16h30.
Le temple Atashgah en prime
Le temple du feu zoroastrien, sur la même avenue au sommet d’une colline rocheuse, offre une vue imprenable sur la palmeraie : le complément idéal au monument.
Comptez environ une heure pour le monument et les démonstrations. Le cadre, paisible et ombragé de palmiers, fait une pause bienvenue hors de l’agitation du centre.
Poursuivre vers le cœur d’Ispahan
Le Menar Jonban étant excentré, il prolonge naturellement la découverte du cœur safavide de la ville.
Sources et crédits. Texte éditorial composé à partir de la fiche et des galeries Pasargades consacrées à Menareh Jomban. Photographies issues des galeries Pasargades et converties au format WebP pour cette page autonome. Les horaires et conditions d’accès doivent être confirmés localement.













