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Grands savants persans - Pasargades — Encyclopédie indépendante du voyage en Iran

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Grands savants persans

Grands savants persans
Une tradition scientifique qui a profondément marqué l’histoire des connaissances
Lorsque l'on évoque la Perse, on pense spontanément à ses palais, à ses jardins, à sa poésie, à ses miniatures ou à ses grandes civilisations impériales.
Pourtant, la Perse a également donné naissance à une remarquable tradition scientifique.
Entre l'Antiquité tardive et la période médiévale, puis à travers les siècles suivants, des savants associés à la culture persane ont contribué aux mathématiques, à l'astronomie, à la médecine, à la géographie, à l'optique et à la philosophie naturelle.
Il faut cependant apporter une précision importante dès le départ : « savant persan » n'est pas synonyme de « savant iranien » au sens moderne. Les frontières politiques de l'époque étaient très différentes de celles de l'Iran actuel. Plusieurs de ces savants sont nés en Asie centrale, en Afghanistan actuel ou dans d'autres régions historiquement liées à l'espace culturel persan.
De même, ils appartenaient à un monde intellectuel beaucoup plus vaste, souvent désigné comme le monde islamique médiéval, dans lequel circulaient des connaissances grecques, indiennes, persanes, arabes et d'autres traditions.
L'objectif de cet article est donc de présenter les grandes figures persanes ou fortement associées à la tradition scientifique persane, sans leur attribuer artificiellement des découvertes qui appartiennent à d'autres civilisations.

Qui sont les grands savants persans ?
Parmi les figures les plus importantes figurent notamment :
  • Al-Khwarazmi — mathématiques et astronomie
  • Rhazès (al-Razi) — médecine et sciences
  • Al-Birouni — astronomie, mathématiques, géographie et sciences naturelles
  • Avicenne (Ibn Sina) — médecine, philosophie et sciences naturelles
  • Omar Khayyam — mathématiques et astronomie
  • Al-Toussi — mathématiques et astronomie
  • Al-Karadji — algèbre
  • Al-Soufi — astronomie
  • Al-Kashi — mathématiques et astronomie
Ils ne constituent évidemment pas une école unique. Ils ont vécu à des périodes différentes, dans des régions différentes et avec des préoccupations différentes.
Mais leurs travaux témoignent d'une extraordinaire activité intellectuelle dans l'espace persan et dans le monde scientifique médiéval.

Al-Khwarizmi : aux origines de l'algèbre et de l'algorithme
Mohammad ibn Mousa al-Khwarazmi est probablement l'un des savants persans dont l'héritage est le plus présent dans notre vie quotidienne.
Il est associé à Khwarazm, une région d'Asie centrale, et a travaillé à Bagdad au IXᵉ siècle.
Son ouvrage consacré à la résolution des équations a donné son nom à l'algèbre : le terme vient de al-jabr, présent dans le titre de son traité.
Son nom latinisé, quant à lui, est à l'origine du mot algorithme.
Cette double association est exceptionnelle :
algèbre ← al-jabr
algorithme ← al-Khwarazmi
Al-Khwarizmi a également contribué aux mathématiques et à l'astronomie. Ses travaux participent à la transmission et au développement de méthodes mathématiques issues notamment de la tradition indienne.
Il ne faut toutefois pas dire qu'il a « inventé les mathématiques » ou même qu'il a inventé à lui seul l'algèbre : il a systématisé et développé des connaissances issues d'une histoire beaucoup plus longue.
Son importance réside notamment dans la manière méthodique dont il présente les procédures de calcul et de résolution des problèmes.
(Iranica Online)

Rhazès : une figure majeure de la médecine
Abou Bakr Mu=ohammad ibn Zakariya al-Razi, connu en Occident sous le nom de Rhazès, est l'une des grandes figures de la médecine médiévale.
Né à Rayy, près de l'actuelle Téhéran, au IXᵉ siècle, il est médecin, philosophe et auteur d'une œuvre considérable.
Il est notamment associé à des travaux médicaux et à des observations cliniques.
Son œuvre témoigne d'une médecine qui cherche à observer, décrire, comparer et organiser les connaissances médicales.
Rhazès représente ainsi un autre aspect de la tradition scientifique persane : la volonté de transformer l'expérience médicale en connaissances systématisées.

Al-Biruni : mesurer la Terre et comprendre le monde
Abu Rayhan al-Birouni est probablement l'un des savants les plus extraordinaires de cette période.
Né en 973 dans la région du Khwarazm, il s'est intéressé à une multitude de domaines : mathématiques, astronomie, géographie, chronologie, pharmacologie, minéralogie et histoire des religions.
L'Encyclopaedia Iranica le décrit comme l'un des deux grands intellectuels de son époque dans les régions orientales du monde musulman, l'autre étant Avicenne. (Iranica Online)
Ses travaux mathématiques étaient souvent appliqués à des problèmes d'astronomie et de géographie. Selon l'étude consacrée à ses travaux, une grande partie des ouvrages qui lui sont attribués concernait l'astronomie, les mathématiques et la géographie mathématique. (Iranica Online)
Il s'intéressa notamment à la détermination des dimensions de la Terre.
C'est un exemple remarquable de ce que permettait la combinaison :
observation → géométrie → mesure → calcul.
Peut-on vraiment dire qu'Al-Birouni a « mesuré la Terre » ?
Oui, mais il faut préciser ce que cela signifie.
Il ne mesurait évidemment pas directement la planète avec un instrument moderne.
Il utilisait une méthode géométrique permettant d'estimer le rayon terrestre à partir notamment de la hauteur d'une montagne et de la mesure de l'angle de dépression de l'horizon.
Cette méthode montre à quel point les mathématiques pouvaient transformer une observation relativement simple en une estimation d'une grandeur planétaire.
Al-Birouni mesure la Terre constitue d'ailleurs un excellent sujet à part entière pour Pasargades.

Avicenne : médecine, philosophie et sciences
Abou Ali al-Hoseïn ibn Sina, connu en Occident sous le nom d'Avicenne, est né en 980 près de Boukhara et mourut à Hamadan en 1037.
Il est l'une des grandes figures intellectuelles du monde médiéval.
Son œuvre couvre la médecine, la philosophie, la logique et les sciences naturelles. L'Encyclopaedia Iranica consacre notamment des sections à ses travaux en mathématiques et sciences physiques ainsi qu'à la médecine et à la biologie. (Iranica Online)
Son Canon de la médecine est devenu l'un des ouvrages médicaux les plus influents du Moyen Âge.
Avicenne illustre particulièrement bien le caractère encyclopédique du savoir médiéval : la séparation stricte entre médecine, philosophie, logique et sciences naturelles que nous connaissons aujourd'hui n'existait pas encore sous la même forme.

Omar Khayyam : mathématiques et astronomie
Omar Khayyam est mondialement connu pour ses Robâ'iyyât.
Mais cette célébrité littéraire ne doit pas masquer son importance scientifique.
Né à Neychapour vers 1048, Khayyam est à la fois mathématicien, astronome, philosophe et poète. L'Encyclopaedia Iranica le décrit comme un polymathe et consacre notamment des études détaillées à ses travaux mathématiques et astronomiques. (Iranica Online)
Que fit Khayyam en mathématiques ?
Il étudia systématiquement les équations cubiques.
À une époque où l'algèbre symbolique moderne n'existait pas encore, il utilisa la géométrie et les sections coniques pour résoudre différentes catégories d'équations du troisième degré.
Son approche est particulièrement remarquable parce qu'elle transforme un problème algébrique en problème géométrique.
Et en astronomie ?
Khayyam participa aux travaux astronomiques commandés sous le sultan seldjoukide Malik Shah.
Des astronomes furent réunis afin d'améliorer le calendrier et de déterminer avec précision le moment de l'équinoxe de printemps. Khayyam faisait partie de cet environnement scientifique. (Iranica Online)
C'est dans ce contexte que se développa le calendrier Jalali.
Il serait toutefois historiquement plus exact de parler d'une œuvre collective d'astronomes, plutôt que d'attribuer le calendrier à Khayyam seul.

Al-Tusi : mathématiques et astronomie
Nasir al-Din al-Toussi est l'une des grandes figures scientifiques du XIIIᵉ siècle.
Né à Tus, dans le Khorasan, il travailla dans plusieurs domaines des sciences mathématiques.
Ses recherches couvrent notamment :
  • l'arithmétique ;
  • la géométrie ;
  • la trigonométrie sphérique ;
  • la géographie mathématique ;
  • l'astronomie ;
  • l'optique.
L'Encyclopaedia Iranica souligne le caractère innovant de ses travaux dans plusieurs de ces domaines. (Iranica Online)
L'observatoire de Maragheh
Al-Tousi est particulièrement associé à l'observatoire de Maragheh, fondé au XIIIᵉ siècle.
Ce centre scientifique réunissait des astronomes et des mathématiciens et disposait d'instruments destinés à l'observation et au calcul astronomiques.
L'activité de Maragheh constitue un épisode majeur de l'histoire de l'astronomie médiévale.
Elle montre que la science ne reposait pas seulement sur des savants isolés : des institutions scientifiques pouvaient également organiser les observations, les calculs et la transmission des connaissances.

Al-Sufi : cartographier les étoiles
Abd al-Rahman al-Soufi, généralement appelé Al-Soufi, est un astronome persan du Xe siècle.
Il est surtout connu pour son ouvrage consacré aux étoiles fixes.
Son travail s'inscrit dans la tradition de l'astronomie grecque, notamment celle de Ptolémée, mais il ne s'agit pas d'une simple copie.
Les observations et descriptions des étoiles ont contribué à améliorer les connaissances astronomiques de son époque.
Son Livre des étoiles fixes est particulièrement important pour l'histoire de l'astronomie, notamment pour les représentations des constellations et les descriptions des étoiles.

Al-Karadji : une étape dans l'histoire de l'algèbre
Abu Bakr al-Karadji, actif autour des Xe-XIe siècles, représente une autre étape importante de l'évolution des mathématiques.
Il s'intéressa notamment à l'algèbre et aux opérations sur les puissances.
Son travail participe à une évolution fondamentale :
la géométrie n'est plus l'unique moyen de raisonner sur les quantités algébriques.
Les mathématiciens commencent progressivement à traiter les expressions algébriques de manière plus abstraite.
Cette évolution préparera, sur plusieurs siècles, l'émergence de l'algèbre symbolique moderne.

Al-Kashi : la précision mathématique
Plusieurs siècles après Al-Khwarazmi et Khayyam, Ghiyath al-Din al-Kashi, mathématicien et astronome persan du XVe siècle, atteignit un niveau remarquable de précision numérique.
Il travailla notamment sur :
  • le calcul numérique ;
  • la géométrie ;
  • l'astronomie ;
  • les nombres ;
  • les approximations de constantes mathématiques.
Il est associé à l'utilisation d'une remarquable précision dans le calcul de π et à des méthodes numériques élaborées.
Il participa également aux travaux scientifiques de l'observatoire d'Ulugh Beg à Samarcande, l'un des grands centres astronomiques du XVe siècle.

Une science persane ou une science du monde islamique ?
Cette question est essentielle.
Peut-on parler de « science persane » alors que ces savants écrivaient souvent en arabe et travaillaient dans des États dont les frontières ne correspondent pas à celles de l'Iran moderne ?
Oui, mais avec des précautions.
Le terme « persan » peut désigner ici une appartenance culturelle, linguistique ou historique, et non une nationalité moderne.
Ces savants participaient également à une civilisation scientifique beaucoup plus vaste.
Les connaissances circulaient entre :
Perse — Asie centrale — Irak — Inde — Syrie — Égypte — Anatolie — Al-Andalus — Europe.
L'arabe était alors une langue scientifique majeure, tandis que le persan jouait également un rôle culturel considérable.
Il serait donc trompeur d'opposer artificiellement « science persane » et « science islamique ».
Les deux réalités peuvent se recouper.
Un savant pouvait être persan par son origine ou sa culture et participer simultanément à la tradition scientifique du monde islamique médiéval.

Ces savants ont-ils inventé la science moderne ?
Non.
Cette formulation serait historiquement excessive.
La science moderne est le résultat d'une accumulation de connaissances provenant de très nombreuses civilisations.
Les traditions :
  • mésopotamienne ;
  • égyptienne ;
  • grecque ;
  • indienne ;
  • chinoise ;
  • persane ;
  • arabe ;
  • européenne ;
ont toutes contribué, à des degrés différents et dans des domaines différents, à l'histoire des sciences.
La contribution des savants persans doit donc être comprise dans cette histoire mondiale.

Mais pourquoi leur héritage est-il si important ?
Parce qu'ils ont contribué à transformer des connaissances dispersées en méthodes, théories, tables, observations et ouvrages transmissibles.
Al-Khwarazmi systématise des méthodes algébriques.
Al-Birouni applique les mathématiques à la mesure du monde.
Avicenne organise une immense synthèse médicale et philosophique.
Khayyam développe une approche géométrique des équations cubiques et participe à l'astronomie du calendrier.
Al-Toussi développe les mathématiques et l'astronomie et travaille dans le cadre institutionnel de Maragheh.
Al-Soufi organise les connaissances astronomiques sur les étoiles.
Al-Kashi pousse très loin la précision des calculs numériques.
Ce ne sont pas les mêmes disciplines.
Mais un fil conducteur apparaît :
observer, calculer, classer, démontrer et transmettre.

De la Perse médiévale à la science contemporaine
L'histoire ne s'arrête évidemment pas au Moyen Âge.
La science iranienne contemporaine compte également des chercheurs de renommée internationale.
Parmi eux figure Maryam Mirzakhani, mathématicienne née à Téhéran en 1977, devenue en 2014 la première femme et la première Iranienne à recevoir la médaille Fields.
Son parcours rappelle qu'il existe une différence fondamentale entre l'histoire des sciences persanes médiévales et la science iranienne contemporaine, mais aussi une continuité culturelle et intellectuelle qui mérite d'être racontée.
Cette transition pourrait constituer un article distinct consacré aux savants iraniens contemporains.

Pourquoi cette histoire concerne-t-elle encore notre monde ?
Il suffit de regarder les mots que nous utilisons aujourd'hui.
Algorithme.
Ce mot, fondamental dans l'informatique moderne, porte le nom latinisé d'un savant associé au Khwarazm : Al-Khwarazmi.
Les travaux d'Al-Birouni montrent qu'il était possible d'utiliser les mathématiques pour mesurer la Terre avec des moyens pré-modernes.
Khayyam rappelle qu'une équation peut être étudiée géométriquement même sans notre notation algébrique moderne.
Al-Toussi témoigne de l'importance des grands observatoires dans l'organisation de la recherche astronomique.
Ces exemples montrent que l'histoire des sciences n'est pas une succession de ruptures absolues.
Elle est plutôt une longue transmission de problèmes, de méthodes et d'idées, constamment transformés par les générations suivantes.

Une tradition scientifique à découvrir en Iran
Pour le voyageur qui découvre l'Iran, cette histoire donne une autre dimension au patrimoine du pays.
Derrière les monuments de Neyshapur, Tous, Maragheh, Rey, Ispahan ou d'autres grands centres historiques, il existe également un patrimoine intellectuel : celui des mathématiciens, astronomes, médecins et philosophes qui ont travaillé dans ces régions.
La Perse n'a donc pas seulement laissé des palais, des mosquées, des jardins et des poèmes.
Elle a également laissé des méthodes de calcul, des tables astronomiques, des traités médicaux, des instruments scientifiques et des idées mathématiques.

Les grands savants persans en quelques mots
SavantÉpoqueDomaine principalContribution remarquableAl-KhwarazmiIXᵉ siècleMathématiques, astronomieAlgèbre et méthodes de calculRhazèsIXᵉ-Xᵉ sièclesMédecineMédecine clinique et encyclopédiqueAl-SoufiXᵉ siècleAstronomieCatalogue et description des étoilesAl-BirouniXᵉ-XIᵉ sièclesAstronomie, mathématiques, géographieMesures et géographie mathématiqueAvicenneXᵉ-XIᵉ sièclesMédecine, philosophieCanon de la médecine et synthèse scientifiqueAl-KaradjiXe-XIe sièclesAlgèbreDéveloppement du raisonnement algébriqueOmar KhayyamXIᵉ-XIIᵉ sièclesMathématiques, astronomieÉquations cubiques et calendrier JalaliAl-ToussiXIIIᵉ siècleAstronomie, mathématiquesAstronomie mathématique et observatoire de MaraghehAl-KashiXIVᵉ-XVᵉ sièclesMathématiques, astronomieCalcul numérique de grande précision
Conclusion
Les grands savants persans ne constituent pas une liste isolée de génies apparus mystérieusement dans l'histoire.
Ils appartiennent à une longue histoire de circulation et de transformation des connaissances, dans laquelle la Perse a joué un rôle majeur.
Al-Khwarazmi a contribué à l'histoire de l'algèbre et a laissé son nom au mot « algorithme ».
Al-Birouni a appliqué les mathématiques à l'astronomie et à la mesure de la Terre.
Avicenne a produit une œuvre majeure en médecine et en philosophie.
Khayyam a développé une approche géométrique sophistiquée des équations cubiques et participé aux travaux astronomiques liés au calendrier Jalali.
Al-Toussi a renouvelé les mathématiques et l'astronomie et fut associé au grand observatoire de Maragheh.
Al-Soufi a organisé et enrichi les connaissances astronomiques sur les étoiles.
Al-Kashi a porté le calcul numérique à un niveau remarquable de précision.
Leur véritable héritage n'est donc pas seulement constitué de découvertes individuelles.
C'est aussi celui d'une manière de penser :
transformer une question en problème, un problème en méthode, une observation en mesure et une mesure en connaissance.
C'est cette histoire, vieille de plusieurs siècles, qui permet de comprendre pourquoi la Perse occupe une place importante dans l'histoire mondiale des sciences. (Iranica Online)
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